Petite réflexion sur la liberté

25 05 2008

La liberté est de pouvoir choisir parmi les options possibles. Est libre celui qui désire les options dont il dispose. Une personne ne désirant que partir en vacances sur la Lune ne pourra se sentir libre. Deux options apparaissent pour y remédier: d’abord rendre le voyage à la Lune possible mais cela implique l’utilisation de moyens techniques et de domination ayant souvent comme conséquence de bafouer la dignité d’autres humains ou la Nature et mon bon sens m’interdit de m’accorder la liberté de bafouer; en seconde option apparaît de revoir ses désirs par un travail intellectuel qui mène à la formulation de nouveaux désirs plus facilement accomplissables et respectueux de l’entourage.

Ne peut être libre que celui qui souhaite suivre une des options qu’il a la possibilité de suivre. La liberté ne se conquiert pas en l’arrachant à autrui mais en opérant un changement sur soi même. Deviendra libre celui qui est prêt à définir ces choix et ses désirs en accord avec la liberté d’autrui, ce qui aboutit dans la construction d’une liberté commune d’autant plus forte car confirmée réciproquement. Ceci marque la définition d’une liberté inclusive par opposition au concept exclusif traditionnel selon lequel la liberté s’achève là où commence celles des autres; une notion qui ignore le caractère synergique qui peut résulter de la mise en commun.

Qui définit ses désirs en se basant sur le respect, sera libre de choisir la voie qui lui plaît le plus et cette liberté sera approuvée par les “autres”.

A méditer…

Voir aussi: l’article de Wikipedia,

Michel Bakounine, Dieu et l’Etat (1871)





Conférence d’Al Gore: changement de mentalités face au climat ou business as usual?

8 05 2008

C’est semble-t-il à bord d’un hélicoptère militaire qu’Al Gore (ancien vice-président des Etats-Unis) a aterri sur le campus lausannois pour nous parler du réchauffement climatique et se voir décerner le titre de Dr Honoris causa de l’EPFL. Nous vous proposons un compte-rendu critique de cette conférence inhabituelle presque intégralement basée sur le documentaire Une vérité qui dérange. L’entrée en matièrees est solennelle: « l’humanité dans son ensemble est face à un dilemme et doit prendre une décision vis-à-vis de son foyer planétaire. Il est capital de se demander comment et pourquoi nous en sommes arrivés à cette nouvelle réalité sans précédent! »

Une planète si petite

En 1968 est apparue la première image spatiale de la planète Terre. Très vite, s’est tenu la conférence de Stockholm (1972, décision de réduire les émissions de CFC – gaz réfrigérant des frigos), précurseur du sommet de la Terre de Rio (1992). C’est à ce moment qu’on a réalisé à quel point la Terre était petite et que s’est effondré le mythe selon lequel sa grande taille rendait impensable que l’humain puisse avoir un impact sur elle. Pourtant une petite partie fragile de la Terre ne représentant qu’un millième du rayon terrestre occupe la problématique de cette conférence. En effet c’est dans la troposphère que se trouve le CO2 (un gaz qui absorbe la radiation infrarouge et, de ce fait, transforme l’énergie radiative en énergie thermique). À titre de comparaison, la plupart du carbone de la Terre est trappé dans la croûte terrestre, ce qui lui confère une température moyenne de 15°C, alors que sur Vénus, une planète semblable en taille à la Terre et où le carbone se trouve majoritairment sous forme de CO2 atmosphérique, la température s’élève à 455°C.

Tout a commencé par les travaux de Roger Revelle, publiés en 1957, sur les oscillations saisonnières de concentration de CO2 atmosphérique (liées aux phases de croissance végétale de l’hémisphère nord) ainsi que son augmentation globale sur quelques années. Al Gore fut l’un de ses élèves à Harvard et c’est cette rencontre qui déclencha sont intérêt pour le réchauffement climatique. Dans les anéées 80 et 90, il entreprend de nombreuses actions en tant que député au Congrès des États-Unis. C’est à cette période qu’est publié Earth in the balance, un livre sur les politiques environnementales qui connut un grand succès [1].

Les données présentées traditionnellement pour expliquer et démontrer le réchauffement global sont la corrélation entre la concentration de CO2 atmosphérique et la température moyenne que l’on retrouve par l’extraction de carottes dans les calotes glaciaires des régions polaires et qui permettent d’obtenir une frise géologique des 600 000 dernières années. En montrant des courbes parfois sursimplifiées pour un public scientifique, Al Gore a affirmé que la concentration en CO2 – aujourd’hui de 380 parties par million (ppm) – atteindra 600 ppm dans 60 ans et que la température suivra! Face à ces données catastrophiques, il assure que nous ne sommes pas face à « un problème politique mais moral, éthique et spirituel ». Des températures ponctuelles de plus de 50°C ont été enregistrées en Inde et au Pakistan ces dernières années, entraînant de nombreuses morts. Cette nouvelle tendance se confirme puisque les 9 années les plus chaudes enregistrées au cours de l’Histoire l’ont été pendant la dernière décennie (cela fait environ 100 ans que les températures annuelles sont enregistrées par des méthodes directes).

Des conséquences catastrophiques

Une des conséquences les plus visibles du réchauffement de l’atmosphère est la fonte accélérée des glaciers. Ainsi, dans les Andes (en particulier au Pérou), les glaciers approvisionnent davantage en eau certaines villes que pendant les décennies précédentes (ce qui peut sembler positif dans le court terme) mais un moment arrivera (d’ici quelques années!) où il n’y aura plus de glaciers et donc plus d’eau dans une région autrement désertique. On parle de réfugiés climatiques lorsque des déplacements de populations sont engendrés par de telles situations. Dans l’Himalaya est piégé 100 fois plus d’eau que dans les Alpes. C’est là que naissent les sources des grands fleuves d’Asie et 40% de la population mondiale réside dans ce bassin hydrographique (attention à l’analogie avec les glaciers andins! Plusieurs fleuves européens naissent dans les Alpes mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont approvisionnés par les glaciers, la plupart de l’eau provient plutôt des précipitations. M. Gore s’est bien gardé de nous rappeler cela et ne s’est pas attardé sur la situation en Asie!)

La température de l’atmosphère se répercute sur celle des océans. Ainsi, si le nombre d’ouragans n’a pas vraiment augmenté, c’est bien leur force croissante depuis les années 70 qui inquiète, ainsi que leur apparition récente en des zones inhabituelles (hémisphère sud, notamment au Brésil). En effet la température de l’eau joue sur l’humidité de l’air et la vitesse du vent. Illustrant ses propos par l’effet dévastateur de l’ouragan Katrina (encore une fois, il tire profit du manque de moyens de prévention et d’organisation en cas de crise de la Nouvelle Orléans pour nous montrer des images désolantes), Gore revient sur le phénomène des réfugiés climatiques et décrit le rechauffement global comme le début d’une ère de conséquences (citant les déclarations de W. Churchill après la découverte et l’utilisation de la bombe atomique). Par la récurrence de ces catastrophes, on assiste à une augmentation du coût des dégâts mais aussi à une agmentation de la proportion des biens non assurés, il y a donc une précarisation de la situation de la population.

Global Warming Art« Le climat de la planète est un système non linéaire » souligne Al Gore. En effet, le changement global peut suivre un processus d’emballement: la fonte du permafrost dans les régions arctiques libère du CO2 et du méthane [2] autrefois trappés dans la glace. Autre phénomène d’emballement: la fonte des banquises. Ces dernières consitituent une surface de réflexion blanche qui renvoie dans le ciel la plupart de la lumière qu’elle reçoit. Une fois remplacée par de l’eau liquide océanique, cette surface absorbe beaucoup plus de lumière qui se transforme à terme en énergie thermique, c’est-à-dire en augmentation de la température de l’océan! Pour démontrer que le réchauffement est un phénomène complexe, le conférencier explique qu’une augmentation de 7°C au pôle nord s’accompagne d’une augmentation de 1°C à l’équateur et que cela se traduit par une augmentation globale de 3°C. Un changement de 3°C ne semble pas vraiemnt poser problème lorsqu’on se promène en plein air, mais ce sont autant de jours de gel en moins! Aussi, une partie de l’excès de CO2 rejeté dans l’atmosphère va se réfugier dans les océans mais abaisse son pH. Ces changements dans l’environnement transforment les biotopes et donc les écosystèmes: de nombreuses espèces invasives remontent les lattitudes et les altitudes (cas des moustiques, vecteurs de maladies infectieuses).

Des solutions?

À la notion de choc de civilisations, Al Gore oppose dès lors un nouveau paradigme: « Nous assistons à un choc entre notre civilisation et la Terre. » En présentant la courbe (exponentielle) de l’évolution de la population mondiale depuis 150 000 ans, il insiste: « la population croissante exerce une grande pression sur la Terre à travers ses activités: agriculture, forêts, ressources énergétiques… » Après avoir dressé un tableau très sombre de la situation, images choc à l’appui, Al Gore s’interroge sur la psychologie humaine et sa capacité d’adaptation et de résoluion des problèmes. Ainsi l’introduction d’une nouvelle technologie dans une société qui a d’anciennes habitudes aura des conséquences imprévisibles. La résolution de la crise climatique passerait donc par trois points: a) contrôler l’explosion démographique, b) accomplir une nouvelle révolution scientifique et technologique, c) changer notre façon de penser. Al Gore est convaincu qu’économie et environnement peuvent faire bon ménage, et pour parvenir à ces buts, il demande qu’on mette un prix aux émissions de carbone afin de les incorporer dans les marchés. Pour preuve, il affirme qu’avec la hausse du prix du pétrole et des taxes sur les émissions, le solaire devient compétitif. Pour appuyer ce point de vue, il cite la fin des émissions de CFC responsables du trou d’ozone stratosphérique après leur interdiction par le protocole de Montréal (1987), en oubliant de mentioner que leurs remplaçants – les HFC – s’étaient avérés beaucoup moins nocifs pour la couche d’ozone mais surtout que leur efficatité énergétique était supérieure. Il s’agit là d’un rare cas où l’on découvre facilement un produit de remplacement qui de surcroît est économiquement plus avantageux. Il n’est pas étonnant que ce produit intrinsèquement plus compétitif ait connu un grand succès dans un système basé sur la compétitivité!

Al Gore trahit là la grande faiblesse du capitalisme pour lutter contre la surexploitation d’une ressource particulière: la compétitivité est le premier des prérequis et ce n’est que quand cette ressource commence à s’épuiser que d’autres deviennent compétitives; l’argent n’a pas d’odeur: qu’importe qu’il provienne du pétrole, du Soleil ou d’une éolienne!

Répondons à Al Gore par sa propre invective « Changeons notre manière de penser » et pas seulement de ressource énrgétique, dépassons notre instinct primitif matérialiste et dévoreur de ressources, et apprenons à vivre des intérêts que nous verse généreusement le capital Terre-Soleil au lieu de croquer dedans.

Nikola Castillo

Notes et références:

[1] Sauver la planète Terre : l’Écologie et l’Esprit Humain, réédité en 2007 sous le titre: Urgence planète Terre : l’Écologie et l’Esprit Humain.

[2] Gaz absorbant 20 fois plus de rayonnement infrarouge que le CO2; malgré ce constat alarmiste la plupart du méthane émis provient des termites et d’activités liées à l’homme: élevage du bétail, rizières et activités industrielles.

Source de l’image: Global Warming Art

Pour plus d’information sur l’effet de serre, le changement climatique et la chimie de l’atmosphère, se référer aux notes de cours du Laboratoire de pollution atmosphérique et de sols (http://lpas.epfl.ch/) ou au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (http://www.ipcc.ch), récipiendaire du prix Nobel de la paix à part égale avec Al Gore.

COMMENTAIRE

On reproche à Al Gore de tenir un discours alarmiste et de faire des affaires avec le changement climatique (il est notamment consultant auprès de nombreuses entreprises à travers la firme Generation Investment Management). Dans sa vision capitaliste du monde cela n’est pourtant pas choquant. Si le marché est voué à résoudre tous les problèmes, il ne fait que contribuer à la résolution du problème! Il faut quand même lui accorder le mérite inestimable d’avoir posé sur la table la discussion d’une problématique que les scientifiques peinent souvent à rendre intéressante. Grand orateur et communicateur habile, il mêle l’objectivité de certains constats scientifiques incontestables à des solutions sorties tout droit de l’idéologie néolibérale et qui n’ont rien de plus vrai ou plus magique que n’importe quelle autre idéologie! En annonçant (faut-il lire finançant?) la création d’une chaire de Développement Durable à l’EPFL par l’intermédiaire de Thierry Lombard (de la banque privée Lombard Odier Darier Hentsch & Cie), il est difficile d’imaginer une remise en question du capitalisme financier et de l’économie de marché pour trouver une solution à la crise environnementale. La thématique de l’écologie semble désormais « durablement » arrachée aux écologistes de la première heure!

A paraître dans Point Sud n°30, mai 2008





Initiative populaire pour le renvoi des véhicules irrespectueux !

12 12 2007




Vive le Roi!

17 11 2007

Une photo de l’individu qui est légalement mon roi, en visite au Pays Basque en 2004, répondant aux cris de “Erregea kanpora!” (Le roi hors d’ici!) des opposants à sa visite. On reconnaîtra le même type qui demande à certains chefs d’état “de la fermer”…

Sa majesté Don Juan Carlos de Bourbon

source: Indymedia; ce n’est pas un montage, c’était passé aux nouvelles à la télé à l’époque.

Plus d’info sur le (non-)droit de se prononcer librement sur la monarchie espagnole (en espagnol).





Retour sur Polyrama 119

17 11 2007

J’ai rouvert un ancien numéro de la revue Polyrama (disparue en 2005) qui consacrait son dossier au progrès.

Des articles intéressants avec notammeunt un entretien avec le prof. de maths Marc Troyanov (le méchant intello qui veut bannir les journaux gratuits de l’EPFL);

- une réflexion du prof. de Physique Libero Zuppiroli sur l’évolution de l’Université avec un grand U en Europe (ainsi qu’un entretien sur ses recherches en optoélectronique moléculaire);

- puis un entretien sur la réussite – à laquelle peu de monde croyait – des cellules solaires sensibilisées par un colorant (dye-sensitized solar cells) avec leur inventeur le prof. Michaël Grätzel accompagné d’un portrait de ce chercheur. Un sujet qui me tient particulièrement à coeur puisque je travaille dans un domaine assez proche.

- enfin un très beau texte de Berthold Brecht faisant parler Galilée de la Science.

- mais encore un entretien avec David Aymonin, directeur de la Bibliothèque centrale et de l’information scientifique de l’EPFL, dont l’allusion en novembre 2003 au nom du futur “Rolex Learning Center” laisse songeur:

Qu’en est-il du futur Learning Center, pouvez-vous nous en dire un peu plus?
Tout d’abord, je tiens à préciser que son nom reste encore à trouver: notre culture francophone et latine, qui cultive le respect de la connaissance, nous pousse à trouver une appellation en français qui traduise cette valeur. Appelons-le temporairement «Centre de connaissance».

Je me demande qui d’autre à l’EPFL à part la direction soutient bel et bien cette appellation que je traiterais volontiers “d’anglo-commerciale” pour rajouter une couche à la novlangue technologique…





Rien d’autre que des faits?

10 11 2007

L’article qui suit était destiné à paraître dans le Flash No 12 du 3 octobre 2007 mais a été refusé en raison de sa longueur (entre 5000 et 7000 caractères). On m’a gentiment suggéré de ne point dépasser les 2000 caractères; ce que j’ai refusé. J’ai préféré réagir par un courrier des lecteurs accessible sur ce site. La version qui suit a été adaptée pour sa consultation sur la toile.

Francisco de Goya, Le sommeil de la raison produit des monstres (1799).Un débat quelque peu houleux a animé l’an dernier les pages du Flash concernant l’introduction des “journaux gratuits” sur le campus. En effet la direction a autorisé – à titre d’essai [1] – l’installation de caissettes sur le site de l’EPFL contre l’octroi d’espaces publicitaires pour l’Agepoly dans leurs pages; jusqu’à ce jour. Dans leur premier article, A. Ichino et G. Gremaud affirmaient: “Dans la presse gratuite, il y a un certain nombre de faits avérés, [...] mais rien d’autre que des faits, et pas de commentaires, car les commentaires sont toujours empreints de l’opinion subjective des journalistes.” [2] Puis, dans leur réplique à la réponse de M. Troyanov – un “intello” opposé aux gratuits [3] – ils dénonçaient ensuite sa “dérive élitiste insupportable et dangereuse, avec des relents fascistes qui rappellent certains épisodes tristement célèbres!” [4]

Au delà de la qualité de leurs articles, je m’interroge sur la nature des deux quotidiens. En effet, à l’occasion de la récente visite de Christoph Blocher, dont le parti fait explicitement preuve de haine raciale, une manifestation contre le racisme a été convoquée. Ce mardi 18 septembre, entre 1500 et 2500 personnes ont défilé à Lausanne d’après l’ATS. Présent sur les lieux, j’ai observé , une cinquantaine d’ados ayant participé à la manifestation s’attaquer à du mobilier urbain puis affronter des agents de police environ une demi-heure après l’arrivée du cortège au palais de Beaulieu. Il paraît que les dégâts ont continué plus tard pendant la soirée mais je n’étais plus là.
Pour les gratuits, il semble que la mission informative d’un journal n’est pas de montrer graphiquement l’action de 90% des gens présents mais bien l’action isolée de moins de 5 % de ces personnes.[5] Je pensais que l’utilisation d’images en journalisme servait à “illustrer” l’ensemble de la nouvelle ou sa partie la plus représentative. Ici outre le titre, on parle de la manifestation et on l’identifie à une scène de confrontation entre des agents anti-émeute et un ado. Ce qui ressort – et en particulier dans le cas de 20 minutes – c’est que les gens qui manifestent leur opposition au racisme sont des citoyens voyous qui attaquent la police.

Je ne conteste pas le droit d’Edipresse et de Tamedia (éditeurs du Matin Bleu et de 20 minutes respectivement) de publier des documents surréalistes. Ce que je conteste surtout c’est que l’EPFL agisse en porte-parole de ces médias douteux maîtres dans l’art de l’amalgame, puisqu’elle diffuse leur message. Participant proactivement à la dissémination des gratuits, elle promeut et cautionne la publication d’articles et de photos comme ceux que je viens de citer.

Quel sens a-t-il de créer une commission d’éthique dont on annonce en grande pompe la création puis on n’entend plus jamais parler, de prétendre que les étudiants apprennent la statistique et à écrire des rapports scientifiques corrects, de revendiquer l’excellence d’une école à tour de bras et à la fois d’être actif dans la diffusion du sensationnalisme le plus grossier? Quelle impression cela dégagerait-il si la une du Flash, afin d’illustrer son article sur la fierté de compter 1700 nouveaux étudiants, montrait la photo d’un jeune homme complètement bourré sur le site de l’école peu de jours avant de commencer ses études à l’EPFL?

Lorsqu’on ose affirmer que les anti-Blocher sèment le chaos, et que cela est censé correspondre à “rien d’autre que des faits”, j’ai peur. Car des gens qui s’opposent au conseiller fédéral il y en a des centaines de milliers et si ceux-ci semaient réellement le chaos nous serions en pleine guerre civile. Le titre de 20 minutes est donc faux et intentionellement biaisé, donc absolument subjectif pour ne pas dire fantaisiste. On est souvent rappelé qu’il ne faut pas prendre position politiquement sur le site de l’école. Or ce qu’affirme 20 minutes dans son titre mensonger tient du discours de l’UDC: la peur infondée. Pourquoi ce journal à capacité d’expression disproportionée devenu membre de la communauté universitaire par contrat bénéficierait-il d’un traitement de faveur par rapport aux gens qui travaillent et étudient à l’EPFL? La dérive dangeureuse c’est de permettre la diffusion sur le campus des idées d’un parti à traver un journal (ou deux, c’est pareil) et d’interdire aux membres de l’école d’y répondre sur ce même campus.

Nikola Castillo
Doctorant en Chimie

Notes:

[1] Nicolas Henchoz, Distribution des quotidiens gratuits sur le campus, Flash No 4, 21 mars 2006.

[2] Alessandro Ichino et Gérard Gremaud, Journaux gratuits sur le campus. Nous, on aime bien…, Flash No 5, 3 avril 2007.

[3] Marc Troyanov, Journaux gratuits: si on arrêtait le massacre? Flash No 4, 20 mars 2007.

[4] Alessandro Ichino et Gérard Gremaud, Journaux gratuits sur le campus. Incongruité en démocratie, Flash No 7, 7 mai 2007.

[5] Le Matin Bleu du 19.09 illustrait sa une par une photo mettant en scène un jeune de dos qui semble s’élancer avec un morceau de panneau publicitaire cassé vers trois policiers anti-émeute. La photo capte l’émotion de peur dans le regard des policiers. Le titre de l’article l’accompagnant annonce “La manif anti-Blocher dérape”. Carton pour le photographe, 20 minutes reproduit exactement la même image, mais fait plus fort: le grand titre de sa une n’est rien de moins que “Les anti-Blocher sèment le chaos”!
Dans la photo publiée, le manifestant de droite n’était pas visible. Sur une autre photo prise par le même photographe, ce sont les deux manifestants qui semblent avoir peur et souffrir l’effet du gaz lacrymogène.
Voir aussi la revue de presse de la TSR.





Science malade ?

10 11 2007

La présente réflexion a été rédigée après avoir participé à une partie de l’atelier intitulé Pouvoir, science et technique, violence, guerre totale et d’anéantissement dans le cadre du colloque international célébrant le 100ème anniversaire de la théoricienne politique Hannah Arendt tenu les 11 et 12 mai 2007 à l’Unil.

La Science est malade. Affirmation osée, n’est-elle pas ? Il est vrai que la Science nous sert d’incroyables et magnifiques nouvelles presque quotidiennement. J’aurais pu vous raconter un de ces fabuleux exploits mais je préfère prendre un peu de recul et analyser la Science dans sa globalité afin de dépister une de ses maladie. Quel rabat-joie celui là ! Et bien non, si je veux mettre en garde d’une maladie de la Science c’est pour que touTEs ensemble nous opérions à sa guérison.

Deux enjeux majeurs séparent la société hypertechnologique dans laquelle nous vivons de la Techno-Science. En premier lieu, l’ignorance ou le désintérêt des scientifiques de l’impact et des conséquences possibles de leurs travaux liés à leur spécialisation à outrance, d’où une déresponsabilisation du scientifique. En second lieu, le manque, voire l’absence, de communication entre scientifiques et société. Il s’agit de deux questions séparées mais l’une peut avoir de l’influence sur l’autre.

Les instances officielles ont opté pour la création de commissions et comités d’éthique à plusieurs niveaux. A l’EPFL, cette initiative a abouti à la publication d’une charte d’éthique distribuée entre autre avec le diplôme de Master. Assurément, les membres de ces commissions sont sensibles aux questions d’honnêteté intellectuelle, d’indépendance de la Recherche ou de principe de précaution. Ce n’est a priori pas de ces gens là qu’il faudrait se méfier ou avoir peur mais bien des scientifiques qui ignorent carrément l’existence de ces commissions et des réflexions qui y sont menées. M. Gérard Toulouse, président d’une de ces commissions en France au niveau national, propose la création « d’instances de bonne foi », c’est-à-dire favoriser que les gens reconnaissent l’existence de problèmes et se demandent si leur travail contribue réellement à résoudre les problèmes des plus démunis. Oui mais après ? De telles mesures, si je ne m’abuse, me suggère bien d’aller prier le Bon Dieu pour que cesse l’injustice dans le Monde, tout en restant retranché au fond d’une église, en attendant que mon vœu s’exauce ! Sans vouloir entrer dans la création d’un appareil policier, je crois qu’il serait bien plus utile de développer des instances de non mauvaise foi ; à savoir des organismes de contrôle surveillant et rendant transparentes les sources de financement de certaines recherches – en les confrontant aux résultas et conclusions obtenus – ainsi que certaines méthodes de brevetisation des « découvertes » et « inventions ». Un tel système permettrait une meilleure vigilance et conscience [1] de la part du grand public non scientifique, donc de la société.

C’est là qu’on rejoint le second enjeu énoncé plus haut : la communication entre scientifiques et société. Un grand public averti et capable de comprendre ce que font les scientifiques serait à même d’exercer un vrai contrôle démocratique sur la Recherche. M. Toulouse évoquait la démocratie participative mais je doute fortement que ce soit par la création de commission d’experts en éthique dans les hautes sphères que l’on applique la démocratie participative.

C’est donc par une meilleure communication que la population pourra exercer une pression sur la Recherche et ainsi jouir d’une Recherche à son service et non à celui d’oligopoles. Mais un tel processus risque de dévoiler les divergences entre l’intérêt du plus grand nombre et celui de plus-value économique. Un contrôle populaire ne viendrait-il pas entraver le bon déroulement de certains partenariats de recherche entre le public et le privé ? La recherche pharmaceutique ne représente-t-elle pas un des marchés les plus juteux au niveau mondial et la Suisse n’occupe-t-elle pas une place préférentielle dans ce marché ? N’en déplaise à certains, j’appelle la communauté scientifique à favoriser et renforcer le contact avec la société. Ainsi on ne peut s’empêcher de voir dans la création de certaines commissions d’éthique une simple action de façade, un acte permettant au reste des membres de la communauté de se déresponsabiliser puisque les « experts » de la commission sont là pour se poser des questions à notre place. [2]

Dans une autre direction, j’applaudis la création de l’Interface Sciences-Société à travers lequel le citoyen lambda peut écouter et discuter des nouveaux éléments technologiques émergeant dans notre quotidien. Une telle démarche est un excellant moyen de renouer la communication perdue. Mais attention, ne perdons pas une si belle chance de créer un enrichissement mutuel entre le scientifique et la société. Il serait trop facile pour le « camp » scientifique de percevoir cet exercice comme un sauf-conduit pour poursuivre ses recherches en y envoyant le responsable communication-marketing du groupe. Non. Le scientifique doit vraiment percevoir cette communication comme un échange d’égal à égal et c’est dans son intérêt de se rendre personnellement (lui et non pas un spécialiste ne cherchant qu’à légitimer les activités de son labo) à ce rendez-vous pour discuter de ses recherches avec d’autres interlocuteurs qu’habituellement. De tels échanges stimulent à coup sûr la créativité, le sens critique et l’imagination du chercheur et l’immunisent en quelque sorte contre la maladie du travail rituel et machinal bien présents malgré tout parmi les scientifiques. On reprochera que ce processus peut freiner la Recherche mais je suis convaincu qu’elle n’en ressortira que d’autant plus forte du point de vue qualitatif.

Nikola Castillo
Diplômé tout frais en Chimie

[1] conscience au sens d’être conscient de, pas de bonne conscience.

[2] A ce titre je regrette que la première mention officielle à la commission d’éthique au cours de mon plan d’études ait eu lieu le jour où l’on me remettait mon diplôme.

Informations supplémentaires sur :

http://www.unil.ch/interface

http://www.unil.ch/arendtsuisse2007

http://ethique.epfl.ch/ mais on n’y trouve que le serment d’Archimède

En cherchant un peu j’ai réussi à retrouver la charte éthique de l’EPFL sur : http://ethique.epfl.ch/webdav/site/ethique/shared/import/migration/CharteA4_1.pdf





Courrier des lecteurs: Une “mutation” qui déplaît

14 10 2007

Je regrette la mutation qu’a subie le Flash. L’édito du dernier numéro le dit clairement: «Un journal vite lu.». Des articles courts, des mots croisés suggèrent que le pari est d’imiter les gratuits. Ainsi donc leur arrivée sur le campus a conditionné le style du Flash, qui était là avant eux. Ce nivellement par le bas me rend triste et inquiet. Je regrette ce journal dans lequel on trouvait des articles de remise en question sur le futur de l’Ecole, sur Bologne, sur les cours SHS… de véritables bouffées d’oxygène entre tant d’articles d’autopromotion de l’EPFL. Comment soulever le débat sans recourir à la polémique facile en 1000 caractères? En attendant, je vous recommande la lecture fort intéressante des anciens articles de réflexion du prof. Zuppiroli qu’on ne trouve pas dans les archives électroniques du Flash mais sur le site web de son labo (http://lomm.epfl.ch/page63478.html).

Publié dans le Flash no 12, 3 Octobre 2007





Campus sans fumée, cancer et publicité

14 10 2007

Dans l’avant-dernier numéro du “Flash” avant l’été, la une nous annonçait en grande pompe l’expulsion définitive des fumeurs hors des murs de l’EPFL “estimant que les étudiants et collaborateurs ne pouvaient être soumis aux dangers de la fumée passive”. Brave décision. On ne peut que saluer l’effort de l’Ecole de nous protéger de tels dangers, parmi lesquels le cancer du poumon.

Par pur hasard, l’entrée en vigueur de cette mesure a eu lieu en même temps que le triste anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine, dont la principale conséquence est le cancer de la tyroïde chez les enfants (1). Ainsi nous l’avait rappelé l’auteur anonyme du graffiti “TCHERNOBYL N’ETAIT QU’UN DEBUT” (2) et d’un Manifeste du 26 avril collé sur certains murs de l’Ecole. Cela a-t-il relancé le débat sur les dangers de la production d’énergie nucléaire ou sur les éventuels dangers de certaines applications de la recherche menée dans les écoles polytechniques? Apparemment non. Cela peut paraître cynique, mais s’il y a eu un quelconque débat, je crains que les sujets n’aient été autres que le danger que représente un tel acte de subversion et la punition à infliger à son auteur.

J’attends depuis longtemps que l’on nous protège d’un autre danger: celui de l’aliénation publicitaire passive. Une lueur d’espoir était née en moi lorsque Nicolas Henchoz déclarait à l’occasion de l’annonce du partenariat avec Edipresse pour la distribution de journaux gratuits sur le campus que l’emplacement des caissettes serait choisi “de manière à garantir la visibilité des publications internes et à préserver nos locaux d’un envahissement publicitaire” (3). Il aurait été plus pertinent d’affirmer que cela éviterait une nouvelle vague d’envahissement publicitaire. En effet, et à titre d’exemple, je citerai un certain fabricant de cigarettes qui bénéficie encore et toujours de son slogan marketing “Liberté toujours” pour nous vendre son cancer. Liberté que l’Ecole n’accorde pas aux clients de ce fournisseur – expulsés des couloirs – ni aux taggeurs remettant en question la fuite en avant et les dangers de certains secteurs de la recherche. Je prie le lecteur de lire avec attention la proposition suivante. Dans un couloir qui en interdit la consommation, Gauloises nous incite par l’intermédiaire de ses affiches accrochées aux murs à consommer un produit “dangereux”. Où est l’erreur?

(1) Site web de l’Agence internationale de l’énergie atomique

http://www.iaea.org/NewsCenter/Features/Chernobyl-15/thyroid.shtml

(2) Le graffiti en question est apparu à l’occasion du 20ème anniversaire de la catastrophe en Ukraine, sur une colonne du mâtiment de Microtechnique, en face du bâtiment d’Architecture. L’article de Richard Timsit dans le “Flash” No 8 y faisait allusion et exhibait une photographie dudit graffiti. Lors de la parution du “Flash” No 8, où figuraient la nouvelle interdiction de fumer ainsi que l’article de R. Timsit, le graffiti avait déjà été effacé.

(3) Nicolas Henchoz, Distribution des quotidiens gratuits sur le campus, “Flash” No 4, 21.03.2006.

Publié dans le Flash no 12, 19 Octobre 2006





Insurrection à Oaxaca

14 10 2007

L’état d’Oaxaca, dans l’est du Mexique, a été témoin en 2006 de nombreuses tensions sociales marquées par un grand pouvoir de mobilisation citoyenne et par la violente répression qui a frappé celle-ci.

appologo.pngDans un contexte déjà tendu par des accusation de corruption à l’égard du gouverneur Ulises Ruiz, l’élément déclencheur a eu lieu en mai dernier lorsque le syndicat des enseignants a convoqué des manifestations réclamant des hausses salariales en plein centre touristique de la ville d’Oaxaca (270 000 habitantEs). Face à leur détermination, le gouverneur a choisi la voie de la répression pour ramener la «normalité». Exaspérés par cette réaction, les enseignants – rejoints depuis par d’autres militants – ont constitué le 27 juin l’Asamblea Popular de los Pueblos de Oaxaca (APPO) regroupant 350 organisations unies contre le gouvernement régional d’Ulises Ruiz et exigeant son départ. Cette Assemblée Populaire des Peuples jouit d’une large base sociale et d’une importante pluralité ; son fonctionnement est basé sur le modèle des assemblées des communautés indigènes. Elle est au bénéfice d’un fort soutien populaire et dispose d’un grand pouvoir de mobilisation qui se voit reflété dans de grands mouvements de grève.

Lors d’une marche de femmes dénonçant la répression, celles-ci demandent qu’on leur accorde un certain temps d’antenne sur la chaîne régionale de télévision Canal 9. Face au refus du responsable, elles prennent le studio pour ne le quitter que 3 semaines plus tard, évacuées de force par des paramilitaires le 21 août. De graves émeutes éclatent alors. Le gouverneur Ulises Ruiz demande au président mexicain Vicente Fox (du Parti Révolutionnaire Institutionnel) l’envoi de troupes de la Insurrection, femmes et médias à Oaxaca Police Fédérale Préventive et ce dernier accède à la requête. Ce corps de police à structure militaire envoyé de la capitale mate alors toute contestation dans les rues semant la terreur à son passage. Ce sont évidemment les femmes qui souffrent le plus de ces abus. Plus de 250 personnes sont littéralement capturées et emmenées sans explication dans des prisons éloignées d’Oaxaca par avion, ce dans le but d’amener la confusion et la peur. Il restait en mars 2007 56 prisonnierEs politiques (auxquelLEs on demande la somme astronomique de 25.000 € en échange de leur libération). Flavio Sosa, une des figures de proue de l’APPO à été arrêté après s’être rendu à la capitale fédérale pour trouver une solution au conflit. Il était encore enfermé en mars dans une prison de haute sécurité essentiellement peuplée de narcotrafiquants. On l’accuse d’actes de guérilla urbaines. Son frère a été arrêté sans accusation.

Le rôle des femmes

Patricia Jiménez, pédagogue et fondatrice de la Coordination des femmes d’Oaxaca qui intègre l’APPO, membre du Conseil de coordination de l’APPO et représentante du Syndicat universitaire d’Oaxaca, a voulu insister sur la situation toute particulière des femmes dans ce climat de lutte. Elle était de passage à l’Espace Autogéré de Lausanne le 21 mars dernier, invitée par l’Espace Autogéré, le Collectif féministe antiraciste et Ya Basta – Lausanne. Outre leurs revendications salariales ou les manifestations contre Ulises Ruiz, les femmes doivent mener en parallèle de nombreuses tâches quotidiennes comme s’occuper du soin de la famille et des enfants. Dans de nombreux cas, l’état d’insurrection leur a permis de prendre conscience d’elles mêmes et de l’importance du rôle qu’elles ont tenu pendant les luttes par leur occupation des studios de télévision. A Oaxaca, la discrimination envers les femmes est très forte, on les a toujours réduites aux seules activités domestiques.

appo_guelaguetza.jpgLa prise de la télévision a créé des conditions favorables et les a mises en confiance pour aller au delà. Dans la lutte populaire contre la répression, il y a aussi eu une lutte des femmes pour leur reconnaissance en tant qu’actrices fondamentales de la vie sociale. D’ici la création de la Coordination des Femmes d’Oaxaca (COMO) afin d’exiger davantage d’espaces de participation politique. Pourtant la tâche est dure étant donné le fort attachement parfois inconscient aux valeurs machistes. En outre l’investissement dans des activités politiques n’est pas sans danger dans un tel contexte et certaines femmes ont dû passer dans un état de semi-clandestinité se retrouvant séparées de leur famille. Au sein même de l’APPO, elles ont également lutté pour être présentes dans le Conseil de Coordination qui, malgré une structure très horizontale, ne comporte finalement que 29 femmes sur 200 membres. En effet, la discrimination et le mépris à l’égard des femmes sont encore très forts, tout particulièrement dans les milieux paysans.

La marche vers les studios de Canal 9 a eu lieu le 1er août. On y réclame un temps d’antenne pour dire ce qui est tu par cette chaîne publique et dénoncer la collusion entre pouvoir et médias et désinformation délibérée. Le rôle de diffusion de l’information qu’ont joué les occupantes de Canal 9 est aujourd’hui largement salué par l’APPO mais la répression est toujours présente. Les femmes qui ont osé conduire des débats sur les plateaux de télévision sont parfois menacées. Mais elles ne perdent pas l’espoir et réclament un état de paix, dignité, justice mais surtout la fin de la discrimination des femmes. L’un des slogans qui a le mieux illustré leur combat a été « Le poing de la femme vigilante contre le pouvoir ».
Sources et infos supplémentaires :
http://www.oaxacalibre.net
http://www.asambleapopulardeoaxaca.com/
http://www.oaxacarevolt.org/
http://www.radioplanton.mx.kz
http://www.narconews.com
http://www.wikipedia.org
http://www.lecourrier.ch

Publié dans Point Sud n°27, avril 2007