mouvement anti-guerre epfl

13 10 2007

Dès le début de cette année la politique internationale connaît une crise majeure. Accompagnés par ses alliés la Grande Bretagne et l’Espagne, les Etats-Unis d’Amérique ont fini par mettre en pratique ce nouveau concept de guerre préventive présenté par Washington en juin 2002. Lors du sommet des Açores, les trois alliés ont donné un ultimatum de 48 heures à M. Saddam Hussein pour quitter son pays et la Guerre visant à libérer le peuple d’Irak a éclaté.

27678.jpgCet événement a profondément touché une grande partie des universitaires Lausannois, qui ont manifesté bruyamment leur refus à cette agression militaire illégale. Le mouvement a abouti à la formation d’une Coalition Universitaire Anti-Guerre (CUAG) cherchant à soulever le débat et à comprendre les causes et les conséquences de la guerre au sens large. Dans la même optique, une douzaine d’étudiants et collaborateurs de l’EPFL ont voulu amener le sujet au Poly en montant un stand d’information sur l’Esplanade – le but étant surtout d’éveiller les consciences et de créer un débat et une réflexion au delà des équations quotidiennes. Dans une ambiance festive, nous avons cherché à informer et discuter avec les étudiants en proposant des pétitions à signer contre la guerre et toute une série de documents concernant le sujet.

D’un point de vue purement social, cette manifestation fut très enrichissante du fait de la diversité des réactions et des origines de nos interlocuteurs. Ainsi, de nombreux étudiants se sont arrêtés à notre stand malgré l’indifférence générale de la foule. Certains ont juste regardé notre exposition
l’air intéressé, mais –peut-être par timidité?- n’ont pas osé nous poser de questions… Pourtant, une partie de ces gens-là ont fini par s’exprimer avec intérêt lorsque c’était nous qui engagions la conversation. Enfin, comme nous nous y attendions, d’autres nous ont observé avec mépris ou sont venus directement goutter nos boissons pour repartir sans autre…

Parmi les commentaires qui nous ont été adressés, trois types sont à souligner: en premier lieu, trop d’étudiants nous ont avoué qu’ils étaient opposés à la guerre, mais considéraient ce problème – et bien d’autres injustices de ce monde – comme une fatalité irréversible contre laquelle les populations ne pouvaient rien faire; d’autres, venant de pays du Sud, ont trouvé notre action intéressante mais un
peu naïve en nous demandant pourquoi cette inquiétude soudaine contre une guerre injuste et très médiatisée alors que cela fait douze ans que l’Irak est bombardé quotidiennement et que les troupes américaines opèrent de façon similaire en Colombie ou plus récemment aux Philippines. Une autre question était pourquoi l’opinion publique se mobilise et se scandalise maintenant contre la politique impérialiste des Etats-Unis alors que d’autres états mènent des actions semblables liées à des problèmes de séparatisme ou de décolonisation; enfin 3 ou 4 personnes provenant du Moyen-Orient ont fortement soutenu la guerre en Irak: elle permettrait de rendre la liberté au peuple irakien opprimé pendant plus de 30 ans par la dictature de M Saddam Hussein, en argumentant qu’il s’agissait du seul moyen de le faire partir. Ainsi, que ce soit pour renforcer l’hégémonie militaire étasunienne ou pour apporter la démocratie au peuple irakien, les moyens – une guerre désapprouvée par l’ONU – seraient justifiés par le but.

Le fait est que nous avons réussi en quelque sorte a réunir des personnes aux idées diamétralement opposées et à créer un espace de débat ouvert sur le site alors que ce genre de sujets tend trop souvent à rassembler d’un côté les sympathisants et de l’autre les détracteurs en creusant d’autant plus le fossé qui les sépare. Espérons donc que d’autres manifestations incitent à l’échange d’idées de manière spontanée et ouverte entre tous ceux qui peuplent l’EPFL en inversant la tendance selon laquelle les étudiants semblent aller de plus en plus vers l’individualisme et le corporatisme, en s’isolant des autres problèmes de la société jusqu’au point de transformer la politique en tabou au sein de notre Ecole.

Publié dans Liaisons covalentes n°14, mai 2003


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13 10 2007
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