L’année 2005 s’est finalement écoulée. Une année de plus à cocher sur nos courtes vies, se demanderont certainEs? Sur le plan international on peut tout de même observer un certain point d’inflexion. L’ampleur des catastrophes naturelles et leur impact médiatique en Occident ont remis à l’ordre du jour les problématiques de la détérioration de l’environnement et du réchauffement global de la planète (auxquelles on pourrait l’épuisement des stocks de pétrole et ses conséquences sur les prix). Plus ou moins liés à ces phénomènes, on observe un changement d’approche des pays “riches” dans leurs relations avec les pays “pauvres”. En effet c’est à la suite du tsunami survenu il y a un an dans le Sud-Est asiatique que certains pays créanciers ont envisagé de petits changements dans le mode de paiement de la dette extérieure des pays les plus touchés (suspension provisoire des remboursements). Plus tard, en juillet, a eu lieu la grande mise en scène orchestrée par le Premier Ministre britannique pour l’organisation du sommet du G8 en Ecosse. Un des moyens d’éradiquer la pauvreté (on peut se demander si ce ne sont pas les individus pauvres que l’on veut éradiquer…) suggérait la remise de la dette des “pays les plus pauvres”. Coup de gueule politico-médiatique ? Cela ne serait pas surprenant, mais ces événements ont tout du moins permis de réorienter partiellement le débat. Autre signe de changement : l’Amérique latine. En décembre dernier, l’Argentine et le Brésil ont annoncé le remboursement par anticipation de la totalité de leur dette auprès du Fonds Monétaire International (FMI) et ne seront désormais plus obligés de se plier aux politiques imposées depuis Washington.
En Bolivie, l’élection d’Evo Morales à la tête du gouvernement fait peur : de nombreuses multinationales parties à la conquête de profits rapides devront probablement – espérons-le – respecter des conditions de travail dignes de ce nom. Là aussi des pourparlers avec l’Espagne ont été entamés pour une réduction de la dette du pays américain envers l’ancienne puissance coloniale.
Le rapport de force entre Premier et Tiers-Monde est en train de changer malgré l’effort infatigable du gendarme états-unien pour montrer qui est le plus fort. Même du côté de l’OMC, lors de la toute récente conférence interministérielle tenue à Hong-Kong, on a parlé de l’interruption dès 2013 des subventions aux exportations agricoles pratiquées par les pays riches et qui étouffent le développement économique des autres pays. Enfin, la montée en puissance du géant chinois – que nous abordons dans le dossier de ce numéro – ne pourra que renforcer ce changement.
Espérons que ce changement ait aussi un impact chez les populations les plus démunies de la planète et qu’il permette une meilleure garantie des droits de l’Homme et de la Femme. C’est ce que nous devons promouvoir depuis les pays développés et non pas un simple réarrangement de l’identité des puissances dans la cours des décideurs.
Edito publié dans Point Sud n°22, mars 2006
