C’est semble-t-il à bord d’un hélicoptère militaire qu’Al Gore (ancien vice-président des Etats-Unis) a aterri sur le campus lausannois pour nous parler du réchauffement climatique et se voir décerner le titre de Dr Honoris causa de l’EPFL. Nous vous proposons un compte-rendu critique de cette conférence inhabituelle presque intégralement basée sur le documentaire Une vérité qui dérange. L’entrée en matièrees est solennelle: « l’humanité dans son ensemble est face à un dilemme et doit prendre une décision vis-à-vis de son foyer planétaire. Il est capital de se demander comment et pourquoi nous en sommes arrivés à cette nouvelle réalité sans précédent! »
Une planète si petite
En 1968 est apparue la première image spatiale de la planète Terre. Très vite, s’est tenu la conférence de Stockholm (1972, décision de réduire les émissions de CFC – gaz réfrigérant des frigos), précurseur du sommet de la Terre de Rio (1992). C’est à ce moment qu’on a réalisé à quel point la Terre était petite et que s’est effondré le mythe selon lequel sa grande taille rendait impensable que l’humain puisse avoir un impact sur elle. Pourtant une petite partie fragile de la Terre ne représentant qu’un millième du rayon terrestre occupe la problématique de cette conférence. En effet c’est dans la troposphère que se trouve le CO2 (un gaz qui absorbe la radiation infrarouge et, de ce fait, transforme l’énergie radiative en énergie thermique). À titre de comparaison, la plupart du carbone de la Terre est trappé dans la croûte terrestre, ce qui lui confère une température moyenne de 15°C, alors que sur Vénus, une planète semblable en taille à la Terre et où le carbone se trouve majoritairment sous forme de CO2 atmosphérique, la température s’élève à 455°C.
Tout a commencé par les travaux de Roger Revelle, publiés en 1957, sur les oscillations saisonnières de concentration de CO2 atmosphérique (liées aux phases de croissance végétale de l’hémisphère nord) ainsi que son augmentation globale sur quelques années. Al Gore fut l’un de ses élèves à Harvard et c’est cette rencontre qui déclencha sont intérêt pour le réchauffement climatique. Dans les anéées 80 et 90, il entreprend de nombreuses actions en tant que député au Congrès des États-Unis. C’est à cette période qu’est publié Earth in the balance, un livre sur les politiques environnementales qui connut un grand succès [1].
Les données présentées traditionnellement pour expliquer et démontrer le réchauffement global sont la corrélation entre la concentration de CO2 atmosphérique et la température moyenne que l’on retrouve par l’extraction de carottes dans les calotes glaciaires des régions polaires et qui permettent d’obtenir une frise géologique des 600 000 dernières années. En montrant des courbes parfois sursimplifiées pour un public scientifique, Al Gore a affirmé que la concentration en CO2 – aujourd’hui de 380 parties par million (ppm) – atteindra 600 ppm dans 60 ans et que la température suivra! Face à ces données catastrophiques, il assure que nous ne sommes pas face à « un problème politique mais moral, éthique et spirituel ». Des températures ponctuelles de plus de 50°C ont été enregistrées en Inde et au Pakistan ces dernières années, entraînant de nombreuses morts. Cette nouvelle tendance se confirme puisque les 9 années les plus chaudes enregistrées au cours de l’Histoire l’ont été pendant la dernière décennie (cela fait environ 100 ans que les températures annuelles sont enregistrées par des méthodes directes).
Des conséquences catastrophiques
Une des conséquences les plus visibles du réchauffement de l’atmosphère est la fonte accélérée des glaciers. Ainsi, dans les Andes (en particulier au Pérou), les glaciers approvisionnent davantage en eau certaines villes que pendant les décennies précédentes (ce qui peut sembler positif dans le court terme) mais un moment arrivera (d’ici quelques années!) où il n’y aura plus de glaciers et donc plus d’eau dans une région autrement désertique. On parle de réfugiés climatiques lorsque des déplacements de populations sont engendrés par de telles situations. Dans l’Himalaya est piégé 100 fois plus d’eau que dans les Alpes. C’est là que naissent les sources des grands fleuves d’Asie et 40% de la population mondiale réside dans ce bassin hydrographique (attention à l’analogie avec les glaciers andins! Plusieurs fleuves européens naissent dans les Alpes mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont approvisionnés par les glaciers, la plupart de l’eau provient plutôt des précipitations. M. Gore s’est bien gardé de nous rappeler cela et ne s’est pas attardé sur la situation en Asie!)
La température de l’atmosphère se répercute sur celle des océans. Ainsi, si le nombre d’ouragans n’a pas vraiment augmenté, c’est bien leur force croissante depuis les années 70 qui inquiète, ainsi que leur apparition récente en des zones inhabituelles (hémisphère sud, notamment au Brésil). En effet la température de l’eau joue sur l’humidité de l’air et la vitesse du vent. Illustrant ses propos par l’effet dévastateur de l’ouragan Katrina (encore une fois, il tire profit du manque de moyens de prévention et d’organisation en cas de crise de la Nouvelle Orléans pour nous montrer des images désolantes), Gore revient sur le phénomène des réfugiés climatiques et décrit le rechauffement global comme le début d’une ère de conséquences (citant les déclarations de W. Churchill après la découverte et l’utilisation de la bombe atomique). Par la récurrence de ces catastrophes, on assiste à une augmentation du coût des dégâts mais aussi à une agmentation de la proportion des biens non assurés, il y a donc une précarisation de la situation de la population.
« Le climat de la planète est un système non linéaire » souligne Al Gore. En effet, le changement global peut suivre un processus d’emballement: la fonte du permafrost dans les régions arctiques libère du CO2 et du méthane [2] autrefois trappés dans la glace. Autre phénomène d’emballement: la fonte des banquises. Ces dernières consitituent une surface de réflexion blanche qui renvoie dans le ciel la plupart de la lumière qu’elle reçoit. Une fois remplacée par de l’eau liquide océanique, cette surface absorbe beaucoup plus de lumière qui se transforme à terme en énergie thermique, c’est-à-dire en augmentation de la température de l’océan! Pour démontrer que le réchauffement est un phénomène complexe, le conférencier explique qu’une augmentation de 7°C au pôle nord s’accompagne d’une augmentation de 1°C à l’équateur et que cela se traduit par une augmentation globale de 3°C. Un changement de 3°C ne semble pas vraiemnt poser problème lorsqu’on se promène en plein air, mais ce sont autant de jours de gel en moins! Aussi, une partie de l’excès de CO2 rejeté dans l’atmosphère va se réfugier dans les océans mais abaisse son pH. Ces changements dans l’environnement transforment les biotopes et donc les écosystèmes: de nombreuses espèces invasives remontent les lattitudes et les altitudes (cas des moustiques, vecteurs de maladies infectieuses).
Des solutions?
À la notion de choc de civilisations, Al Gore oppose dès lors un nouveau paradigme: « Nous assistons à un choc entre notre civilisation et la Terre. » En présentant la courbe (exponentielle) de l’évolution de la population mondiale depuis 150 000 ans, il insiste: « la population croissante exerce une grande pression sur la Terre à travers ses activités: agriculture, forêts, ressources énergétiques… » Après avoir dressé un tableau très sombre de la situation, images choc à l’appui, Al Gore s’interroge sur la psychologie humaine et sa capacité d’adaptation et de résoluion des problèmes. Ainsi l’introduction d’une nouvelle technologie dans une société qui a d’anciennes habitudes aura des conséquences imprévisibles. La résolution de la crise climatique passerait donc par trois points: a) contrôler l’explosion démographique, b) accomplir une nouvelle révolution scientifique et technologique, c) changer notre façon de penser. Al Gore est convaincu qu’économie et environnement peuvent faire bon ménage, et pour parvenir à ces buts, il demande qu’on mette un prix aux émissions de carbone afin de les incorporer dans les marchés. Pour preuve, il affirme qu’avec la hausse du prix du pétrole et des taxes sur les émissions, le solaire devient compétitif. Pour appuyer ce point de vue, il cite la fin des émissions de CFC responsables du trou d’ozone stratosphérique après leur interdiction par le protocole de Montréal (1987), en oubliant de mentioner que leurs remplaçants – les HFC – s’étaient avérés beaucoup moins nocifs pour la couche d’ozone mais surtout que leur efficatité énergétique était supérieure. Il s’agit là d’un rare cas où l’on découvre facilement un produit de remplacement qui de surcroît est économiquement plus avantageux. Il n’est pas étonnant que ce produit intrinsèquement plus compétitif ait connu un grand succès dans un système basé sur la compétitivité!
Al Gore trahit là la grande faiblesse du capitalisme pour lutter contre la surexploitation d’une ressource particulière: la compétitivité est le premier des prérequis et ce n’est que quand cette ressource commence à s’épuiser que d’autres deviennent compétitives; l’argent n’a pas d’odeur: qu’importe qu’il provienne du pétrole, du Soleil ou d’une éolienne!
Répondons à Al Gore par sa propre invective « Changeons notre manière de penser » et pas seulement de ressource énrgétique, dépassons notre instinct primitif matérialiste et dévoreur de ressources, et apprenons à vivre des intérêts que nous verse généreusement le capital Terre-Soleil au lieu de croquer dedans.
Nikola Castillo
Notes et références:
[1] Sauver la planète Terre : l’Écologie et l’Esprit Humain, réédité en 2007 sous le titre: Urgence planète Terre : l’Écologie et l’Esprit Humain.
[2] Gaz absorbant 20 fois plus de rayonnement infrarouge que le CO2; malgré ce constat alarmiste la plupart du méthane émis provient des termites et d’activités liées à l’homme: élevage du bétail, rizières et activités industrielles.
Source de l’image: Global Warming Art
Pour plus d’information sur l’effet de serre, le changement climatique et la chimie de l’atmosphère, se référer aux notes de cours du Laboratoire de pollution atmosphérique et de sols (http://lpas.epfl.ch/) ou au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (http://www.ipcc.ch), récipiendaire du prix Nobel de la paix à part égale avec Al Gore.
COMMENTAIRE
On reproche à Al Gore de tenir un discours alarmiste et de faire des affaires avec le changement climatique (il est notamment consultant auprès de nombreuses entreprises à travers la firme Generation Investment Management). Dans sa vision capitaliste du monde cela n’est pourtant pas choquant. Si le marché est voué à résoudre tous les problèmes, il ne fait que contribuer à la résolution du problème! Il faut quand même lui accorder le mérite inestimable d’avoir posé sur la table la discussion d’une problématique que les scientifiques peinent souvent à rendre intéressante. Grand orateur et communicateur habile, il mêle l’objectivité de certains constats scientifiques incontestables à des solutions sorties tout droit de l’idéologie néolibérale et qui n’ont rien de plus vrai ou plus magique que n’importe quelle autre idéologie! En annonçant (faut-il lire finançant?) la création d’une chaire de Développement Durable à l’EPFL par l’intermédiaire de Thierry Lombard (de la banque privée Lombard Odier Darier Hentsch & Cie), il est difficile d’imaginer une remise en question du capitalisme financier et de l’économie de marché pour trouver une solution à la crise environnementale. La thématique de l’écologie semble désormais « durablement » arrachée aux écologistes de la première heure!
A paraître dans Point Sud n°30, mai 2008
Dans un contexte déjà tendu par des accusation de corruption à l’égard du gouverneur Ulises Ruiz, l’élément déclencheur a eu lieu en mai dernier lorsque le syndicat des enseignants a convoqué des manifestations réclamant des hausses salariales en plein centre touristique de la ville d’Oaxaca (270 000 habitantEs). Face à leur détermination, le gouverneur a choisi la voie de la répression pour ramener la «normalité». Exaspérés par cette réaction, les enseignants – rejoints depuis par d’autres militants – ont constitué le 27 juin l’
La prise de la télévision a créé des conditions favorables et les a mises en confiance pour aller au delà. Dans la lutte populaire contre la répression, il y a aussi eu une lutte des femmes pour leur reconnaissance en tant qu’actrices fondamentales de la vie sociale. D’ici la création de la Coordination des Femmes d’Oaxaca (COMO) afin d’exiger davantage d’espaces de participation politique. Pourtant la tâche est dure étant donné le fort attachement parfois inconscient aux valeurs machistes. En outre l’investissement dans des activités politiques n’est pas sans danger dans un tel contexte et certaines femmes ont dû passer dans un état de semi-clandestinité se retrouvant séparées de leur famille. Au sein même de l’APPO, elles ont également lutté pour être présentes dans le Conseil de Coordination qui, malgré une structure très horizontale, ne comporte finalement que 29 femmes sur 200 membres. En effet, la discrimination et le mépris à l’égard des femmes sont encore très forts, tout particulièrement dans les milieux paysans.
Les visages et les masques est la deuxième partie de la trilogie Mémoire du feu. Ce livre raconte l’Histoire de l’Amérique – et en particulier de l’Amérique Latine – au cours des 18 et 19ème siècles. Un narrateur omniscient décrit de très prés les scènes l’une après l’autre. On s’intéresse aussi bien aux grands événements politiques qu’à la vie quotidienne et privée de simples gens. Le style original du livre, construit comme une chronologie de récits très courts, envoûte le lecteur dans une trépidante aventure qui ne s’achève jamais.
Alors que je réfléchissais à tout cela, je suis tombé cette semaine sur un
Les décideurs ont tendance à oublier ce deuxième volet et tentent de résoudre le problème par des réponses purement techniques : augmentation des rendements agricoles. Génie génétique, politiques démographiques, etc. En tant que futurs ingénieurs nous ne pouvons négliger ces aspects mais nous voulons conjuguer notre réflexion aux aspects politiques ainsi qu’aux habitudes alimentaires et à leurs évolutions, qui peuvent avoir des conséquences d’une très grande ampleur (régimes basés sur la viande et sur l’importation de produits exotiques au Nord ; cultures d’exportations au Sud).
La polémique concernant ce sujet est apparue dans le canton de Vaud lorsqu’en été 2004, le conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud a pris les rènes du dossier du renvoi (l’expulsion du territoire helvétique) de 523 requérants auxquels on a refusé l’asile en Suisse. Plusieurs de ces personnes vivent et travaillent en Suisse depuis de nombreuses années et leurs enfants ont grandi ici. La lenteur du processus administratif a fait que ces refus et les avis d’expulsion qui s’en ensuivent ne soient communiqués aux intéressés que plusieurs années après la première demande.
Ah! Quel plaisir que de se balader dans les rues de la Havane dont le trafic automobile reste modeste pour une ville de deux millions d’habitants. On y voit des groupes de personnes discuter, assises sur les pas de portes, on entend la chaleur et l’intensité du ” son ” s’échapper des rez-de-chaussée de bâtiments quasi en ruines joué par des musiciens de tout âge. J’ai l’impression d’observer une humanité bien plus vivante et joyeuse que ce qui se dégage des grandes villes européennes: ici les gens sourient, se regardent dans les yeux en se croisant dans la rue et on perçoit que les difficultés économiques ne leur ôte pas leur dignité.
Ceci ne sont que quelques impressions d’un idéaliste européen en vacances plus ou moins sympathisant avec certains aspects du régime castriste. Nous avons bien entendu vu plein d’autres choses et goûté les délicieux cigares cubains. La campagne que nous avons en partie visitée dans l’ouest de l’île offre de magnifiques territoires sauvages et montagneux où la culture du tabac s’intègre très bien dans le paysage. Enfin nous avons également passé quelques jours dans un hôtel “all-inclusive” à Varadero dont je parlais plus haut: une espèce de Club Med où convergent les tours organisés de retraités et d’étudiants européens pour donner une faune fort sympathique abreuvée de Cuba libre.
