Petite réflexion sur la liberté

25 05 2008

La liberté est de pouvoir choisir parmi les options possibles. Est libre celui qui désire les options dont il dispose. Une personne ne désirant que partir en vacances sur la Lune ne pourra se sentir libre. Deux options apparaissent pour y remédier: d’abord rendre le voyage à la Lune possible mais cela implique l’utilisation de moyens techniques et de domination ayant souvent comme conséquence de bafouer la dignité d’autres humains ou la Nature et mon bon sens m’interdit de m’accorder la liberté de bafouer; en seconde option apparaît de revoir ses désirs par un travail intellectuel qui mène à la formulation de nouveaux désirs plus facilement accomplissables et respectueux de l’entourage.

Ne peut être libre que celui qui souhaite suivre une des options qu’il a la possibilité de suivre. La liberté ne se conquiert pas en l’arrachant à autrui mais en opérant un changement sur soi même. Deviendra libre celui qui est prêt à définir ces choix et ses désirs en accord avec la liberté d’autrui, ce qui aboutit dans la construction d’une liberté commune d’autant plus forte car confirmée réciproquement. Ceci marque la définition d’une liberté inclusive par opposition au concept exclusif traditionnel selon lequel la liberté s’achève là où commence celles des autres; une notion qui ignore le caractère synergique qui peut résulter de la mise en commun.

Qui définit ses désirs en se basant sur le respect, sera libre de choisir la voie qui lui plaît le plus et cette liberté sera approuvée par les “autres”.

A méditer…

Voir aussi: l’article de Wikipedia,

Michel Bakounine, Dieu et l’Etat (1871)





Initiative populaire pour le renvoi des véhicules irrespectueux !

12 12 2007




Vive le Roi!

17 11 2007

Une photo de l’individu qui est légalement mon roi, en visite au Pays Basque en 2004, répondant aux cris de “Erregea kanpora!” (Le roi hors d’ici!) des opposants à sa visite. On reconnaîtra le même type qui demande à certains chefs d’état “de la fermer”…

Sa majesté Don Juan Carlos de Bourbon

source: Indymedia; ce n’est pas un montage, c’était passé aux nouvelles à la télé à l’époque.

Plus d’info sur le (non-)droit de se prononcer librement sur la monarchie espagnole (en espagnol).





Retour sur Polyrama 119

17 11 2007

J’ai rouvert un ancien numéro de la revue Polyrama (disparue en 2005) qui consacrait son dossier au progrès.

Des articles intéressants avec notammeunt un entretien avec le prof. de maths Marc Troyanov (le méchant intello qui veut bannir les journaux gratuits de l’EPFL);

- une réflexion du prof. de Physique Libero Zuppiroli sur l’évolution de l’Université avec un grand U en Europe (ainsi qu’un entretien sur ses recherches en optoélectronique moléculaire);

- puis un entretien sur la réussite – à laquelle peu de monde croyait – des cellules solaires sensibilisées par un colorant (dye-sensitized solar cells) avec leur inventeur le prof. Michaël Grätzel accompagné d’un portrait de ce chercheur. Un sujet qui me tient particulièrement à coeur puisque je travaille dans un domaine assez proche.

- enfin un très beau texte de Berthold Brecht faisant parler Galilée de la Science.

- mais encore un entretien avec David Aymonin, directeur de la Bibliothèque centrale et de l’information scientifique de l’EPFL, dont l’allusion en novembre 2003 au nom du futur “Rolex Learning Center” laisse songeur:

Qu’en est-il du futur Learning Center, pouvez-vous nous en dire un peu plus?
Tout d’abord, je tiens à préciser que son nom reste encore à trouver: notre culture francophone et latine, qui cultive le respect de la connaissance, nous pousse à trouver une appellation en français qui traduise cette valeur. Appelons-le temporairement «Centre de connaissance».

Je me demande qui d’autre à l’EPFL à part la direction soutient bel et bien cette appellation que je traiterais volontiers “d’anglo-commerciale” pour rajouter une couche à la novlangue technologique…





Rien d’autre que des faits?

10 11 2007

L’article qui suit était destiné à paraître dans le Flash No 12 du 3 octobre 2007 mais a été refusé en raison de sa longueur (entre 5000 et 7000 caractères). On m’a gentiment suggéré de ne point dépasser les 2000 caractères; ce que j’ai refusé. J’ai préféré réagir par un courrier des lecteurs accessible sur ce site. La version qui suit a été adaptée pour sa consultation sur la toile.

Francisco de Goya, Le sommeil de la raison produit des monstres (1799).Un débat quelque peu houleux a animé l’an dernier les pages du Flash concernant l’introduction des “journaux gratuits” sur le campus. En effet la direction a autorisé – à titre d’essai [1] – l’installation de caissettes sur le site de l’EPFL contre l’octroi d’espaces publicitaires pour l’Agepoly dans leurs pages; jusqu’à ce jour. Dans leur premier article, A. Ichino et G. Gremaud affirmaient: “Dans la presse gratuite, il y a un certain nombre de faits avérés, [...] mais rien d’autre que des faits, et pas de commentaires, car les commentaires sont toujours empreints de l’opinion subjective des journalistes.” [2] Puis, dans leur réplique à la réponse de M. Troyanov – un “intello” opposé aux gratuits [3] – ils dénonçaient ensuite sa “dérive élitiste insupportable et dangereuse, avec des relents fascistes qui rappellent certains épisodes tristement célèbres!” [4]

Au delà de la qualité de leurs articles, je m’interroge sur la nature des deux quotidiens. En effet, à l’occasion de la récente visite de Christoph Blocher, dont le parti fait explicitement preuve de haine raciale, une manifestation contre le racisme a été convoquée. Ce mardi 18 septembre, entre 1500 et 2500 personnes ont défilé à Lausanne d’après l’ATS. Présent sur les lieux, j’ai observé , une cinquantaine d’ados ayant participé à la manifestation s’attaquer à du mobilier urbain puis affronter des agents de police environ une demi-heure après l’arrivée du cortège au palais de Beaulieu. Il paraît que les dégâts ont continué plus tard pendant la soirée mais je n’étais plus là.
Pour les gratuits, il semble que la mission informative d’un journal n’est pas de montrer graphiquement l’action de 90% des gens présents mais bien l’action isolée de moins de 5 % de ces personnes.[5] Je pensais que l’utilisation d’images en journalisme servait à “illustrer” l’ensemble de la nouvelle ou sa partie la plus représentative. Ici outre le titre, on parle de la manifestation et on l’identifie à une scène de confrontation entre des agents anti-émeute et un ado. Ce qui ressort – et en particulier dans le cas de 20 minutes – c’est que les gens qui manifestent leur opposition au racisme sont des citoyens voyous qui attaquent la police.

Je ne conteste pas le droit d’Edipresse et de Tamedia (éditeurs du Matin Bleu et de 20 minutes respectivement) de publier des documents surréalistes. Ce que je conteste surtout c’est que l’EPFL agisse en porte-parole de ces médias douteux maîtres dans l’art de l’amalgame, puisqu’elle diffuse leur message. Participant proactivement à la dissémination des gratuits, elle promeut et cautionne la publication d’articles et de photos comme ceux que je viens de citer.

Quel sens a-t-il de créer une commission d’éthique dont on annonce en grande pompe la création puis on n’entend plus jamais parler, de prétendre que les étudiants apprennent la statistique et à écrire des rapports scientifiques corrects, de revendiquer l’excellence d’une école à tour de bras et à la fois d’être actif dans la diffusion du sensationnalisme le plus grossier? Quelle impression cela dégagerait-il si la une du Flash, afin d’illustrer son article sur la fierté de compter 1700 nouveaux étudiants, montrait la photo d’un jeune homme complètement bourré sur le site de l’école peu de jours avant de commencer ses études à l’EPFL?

Lorsqu’on ose affirmer que les anti-Blocher sèment le chaos, et que cela est censé correspondre à “rien d’autre que des faits”, j’ai peur. Car des gens qui s’opposent au conseiller fédéral il y en a des centaines de milliers et si ceux-ci semaient réellement le chaos nous serions en pleine guerre civile. Le titre de 20 minutes est donc faux et intentionellement biaisé, donc absolument subjectif pour ne pas dire fantaisiste. On est souvent rappelé qu’il ne faut pas prendre position politiquement sur le site de l’école. Or ce qu’affirme 20 minutes dans son titre mensonger tient du discours de l’UDC: la peur infondée. Pourquoi ce journal à capacité d’expression disproportionée devenu membre de la communauté universitaire par contrat bénéficierait-il d’un traitement de faveur par rapport aux gens qui travaillent et étudient à l’EPFL? La dérive dangeureuse c’est de permettre la diffusion sur le campus des idées d’un parti à traver un journal (ou deux, c’est pareil) et d’interdire aux membres de l’école d’y répondre sur ce même campus.

Nikola Castillo
Doctorant en Chimie

Notes:

[1] Nicolas Henchoz, Distribution des quotidiens gratuits sur le campus, Flash No 4, 21 mars 2006.

[2] Alessandro Ichino et Gérard Gremaud, Journaux gratuits sur le campus. Nous, on aime bien…, Flash No 5, 3 avril 2007.

[3] Marc Troyanov, Journaux gratuits: si on arrêtait le massacre? Flash No 4, 20 mars 2007.

[4] Alessandro Ichino et Gérard Gremaud, Journaux gratuits sur le campus. Incongruité en démocratie, Flash No 7, 7 mai 2007.

[5] Le Matin Bleu du 19.09 illustrait sa une par une photo mettant en scène un jeune de dos qui semble s’élancer avec un morceau de panneau publicitaire cassé vers trois policiers anti-émeute. La photo capte l’émotion de peur dans le regard des policiers. Le titre de l’article l’accompagnant annonce “La manif anti-Blocher dérape”. Carton pour le photographe, 20 minutes reproduit exactement la même image, mais fait plus fort: le grand titre de sa une n’est rien de moins que “Les anti-Blocher sèment le chaos”!
Dans la photo publiée, le manifestant de droite n’était pas visible. Sur une autre photo prise par le même photographe, ce sont les deux manifestants qui semblent avoir peur et souffrir l’effet du gaz lacrymogène.
Voir aussi la revue de presse de la TSR.





Science malade ?

10 11 2007

La présente réflexion a été rédigée après avoir participé à une partie de l’atelier intitulé Pouvoir, science et technique, violence, guerre totale et d’anéantissement dans le cadre du colloque international célébrant le 100ème anniversaire de la théoricienne politique Hannah Arendt tenu les 11 et 12 mai 2007 à l’Unil.

La Science est malade. Affirmation osée, n’est-elle pas ? Il est vrai que la Science nous sert d’incroyables et magnifiques nouvelles presque quotidiennement. J’aurais pu vous raconter un de ces fabuleux exploits mais je préfère prendre un peu de recul et analyser la Science dans sa globalité afin de dépister une de ses maladie. Quel rabat-joie celui là ! Et bien non, si je veux mettre en garde d’une maladie de la Science c’est pour que touTEs ensemble nous opérions à sa guérison.

Deux enjeux majeurs séparent la société hypertechnologique dans laquelle nous vivons de la Techno-Science. En premier lieu, l’ignorance ou le désintérêt des scientifiques de l’impact et des conséquences possibles de leurs travaux liés à leur spécialisation à outrance, d’où une déresponsabilisation du scientifique. En second lieu, le manque, voire l’absence, de communication entre scientifiques et société. Il s’agit de deux questions séparées mais l’une peut avoir de l’influence sur l’autre.

Les instances officielles ont opté pour la création de commissions et comités d’éthique à plusieurs niveaux. A l’EPFL, cette initiative a abouti à la publication d’une charte d’éthique distribuée entre autre avec le diplôme de Master. Assurément, les membres de ces commissions sont sensibles aux questions d’honnêteté intellectuelle, d’indépendance de la Recherche ou de principe de précaution. Ce n’est a priori pas de ces gens là qu’il faudrait se méfier ou avoir peur mais bien des scientifiques qui ignorent carrément l’existence de ces commissions et des réflexions qui y sont menées. M. Gérard Toulouse, président d’une de ces commissions en France au niveau national, propose la création « d’instances de bonne foi », c’est-à-dire favoriser que les gens reconnaissent l’existence de problèmes et se demandent si leur travail contribue réellement à résoudre les problèmes des plus démunis. Oui mais après ? De telles mesures, si je ne m’abuse, me suggère bien d’aller prier le Bon Dieu pour que cesse l’injustice dans le Monde, tout en restant retranché au fond d’une église, en attendant que mon vœu s’exauce ! Sans vouloir entrer dans la création d’un appareil policier, je crois qu’il serait bien plus utile de développer des instances de non mauvaise foi ; à savoir des organismes de contrôle surveillant et rendant transparentes les sources de financement de certaines recherches – en les confrontant aux résultas et conclusions obtenus – ainsi que certaines méthodes de brevetisation des « découvertes » et « inventions ». Un tel système permettrait une meilleure vigilance et conscience [1] de la part du grand public non scientifique, donc de la société.

C’est là qu’on rejoint le second enjeu énoncé plus haut : la communication entre scientifiques et société. Un grand public averti et capable de comprendre ce que font les scientifiques serait à même d’exercer un vrai contrôle démocratique sur la Recherche. M. Toulouse évoquait la démocratie participative mais je doute fortement que ce soit par la création de commission d’experts en éthique dans les hautes sphères que l’on applique la démocratie participative.

C’est donc par une meilleure communication que la population pourra exercer une pression sur la Recherche et ainsi jouir d’une Recherche à son service et non à celui d’oligopoles. Mais un tel processus risque de dévoiler les divergences entre l’intérêt du plus grand nombre et celui de plus-value économique. Un contrôle populaire ne viendrait-il pas entraver le bon déroulement de certains partenariats de recherche entre le public et le privé ? La recherche pharmaceutique ne représente-t-elle pas un des marchés les plus juteux au niveau mondial et la Suisse n’occupe-t-elle pas une place préférentielle dans ce marché ? N’en déplaise à certains, j’appelle la communauté scientifique à favoriser et renforcer le contact avec la société. Ainsi on ne peut s’empêcher de voir dans la création de certaines commissions d’éthique une simple action de façade, un acte permettant au reste des membres de la communauté de se déresponsabiliser puisque les « experts » de la commission sont là pour se poser des questions à notre place. [2]

Dans une autre direction, j’applaudis la création de l’Interface Sciences-Société à travers lequel le citoyen lambda peut écouter et discuter des nouveaux éléments technologiques émergeant dans notre quotidien. Une telle démarche est un excellant moyen de renouer la communication perdue. Mais attention, ne perdons pas une si belle chance de créer un enrichissement mutuel entre le scientifique et la société. Il serait trop facile pour le « camp » scientifique de percevoir cet exercice comme un sauf-conduit pour poursuivre ses recherches en y envoyant le responsable communication-marketing du groupe. Non. Le scientifique doit vraiment percevoir cette communication comme un échange d’égal à égal et c’est dans son intérêt de se rendre personnellement (lui et non pas un spécialiste ne cherchant qu’à légitimer les activités de son labo) à ce rendez-vous pour discuter de ses recherches avec d’autres interlocuteurs qu’habituellement. De tels échanges stimulent à coup sûr la créativité, le sens critique et l’imagination du chercheur et l’immunisent en quelque sorte contre la maladie du travail rituel et machinal bien présents malgré tout parmi les scientifiques. On reprochera que ce processus peut freiner la Recherche mais je suis convaincu qu’elle n’en ressortira que d’autant plus forte du point de vue qualitatif.

Nikola Castillo
Diplômé tout frais en Chimie

[1] conscience au sens d’être conscient de, pas de bonne conscience.

[2] A ce titre je regrette que la première mention officielle à la commission d’éthique au cours de mon plan d’études ait eu lieu le jour où l’on me remettait mon diplôme.

Informations supplémentaires sur :

http://www.unil.ch/interface

http://www.unil.ch/arendtsuisse2007

http://ethique.epfl.ch/ mais on n’y trouve que le serment d’Archimède

En cherchant un peu j’ai réussi à retrouver la charte éthique de l’EPFL sur : http://ethique.epfl.ch/webdav/site/ethique/shared/import/migration/CharteA4_1.pdf