L’état d’Oaxaca, dans l’est du Mexique, a été témoin en 2006 de nombreuses tensions sociales marquées par un grand pouvoir de mobilisation citoyenne et par la violente répression qui a frappé celle-ci.
Dans un contexte déjà tendu par des accusation de corruption à l’égard du gouverneur Ulises Ruiz, l’élément déclencheur a eu lieu en mai dernier lorsque le syndicat des enseignants a convoqué des manifestations réclamant des hausses salariales en plein centre touristique de la ville d’Oaxaca (270 000 habitantEs). Face à leur détermination, le gouverneur a choisi la voie de la répression pour ramener la «normalité». Exaspérés par cette réaction, les enseignants – rejoints depuis par d’autres militants – ont constitué le 27 juin l’Asamblea Popular de los Pueblos de Oaxaca (APPO) regroupant 350 organisations unies contre le gouvernement régional d’Ulises Ruiz et exigeant son départ. Cette Assemblée Populaire des Peuples jouit d’une large base sociale et d’une importante pluralité ; son fonctionnement est basé sur le modèle des assemblées des communautés indigènes. Elle est au bénéfice d’un fort soutien populaire et dispose d’un grand pouvoir de mobilisation qui se voit reflété dans de grands mouvements de grève.
Lors d’une marche de femmes dénonçant la répression, celles-ci demandent qu’on leur accorde un certain temps d’antenne sur la chaîne régionale de télévision Canal 9. Face au refus du responsable, elles prennent le studio pour ne le quitter que 3 semaines plus tard, évacuées de force par des paramilitaires le 21 août. De graves émeutes éclatent alors. Le gouverneur Ulises Ruiz demande au président mexicain Vicente Fox (du Parti Révolutionnaire Institutionnel) l’envoi de troupes de la Insurrection, femmes et médias à Oaxaca Police Fédérale Préventive et ce dernier accède à la requête. Ce corps de police à structure militaire envoyé de la capitale mate alors toute contestation dans les rues semant la terreur à son passage. Ce sont évidemment les femmes qui souffrent le plus de ces abus. Plus de 250 personnes sont littéralement capturées et emmenées sans explication dans des prisons éloignées d’Oaxaca par avion, ce dans le but d’amener la confusion et la peur. Il restait en mars 2007 56 prisonnierEs politiques (auxquelLEs on demande la somme astronomique de 25.000 € en échange de leur libération). Flavio Sosa, une des figures de proue de l’APPO à été arrêté après s’être rendu à la capitale fédérale pour trouver une solution au conflit. Il était encore enfermé en mars dans une prison de haute sécurité essentiellement peuplée de narcotrafiquants. On l’accuse d’actes de guérilla urbaines. Son frère a été arrêté sans accusation.
Le rôle des femmes
Patricia Jiménez, pédagogue et fondatrice de la Coordination des femmes d’Oaxaca qui intègre l’APPO, membre du Conseil de coordination de l’APPO et représentante du Syndicat universitaire d’Oaxaca, a voulu insister sur la situation toute particulière des femmes dans ce climat de lutte. Elle était de passage à l’Espace Autogéré de Lausanne le 21 mars dernier, invitée par l’Espace Autogéré, le Collectif féministe antiraciste et Ya Basta – Lausanne. Outre leurs revendications salariales ou les manifestations contre Ulises Ruiz, les femmes doivent mener en parallèle de nombreuses tâches quotidiennes comme s’occuper du soin de la famille et des enfants. Dans de nombreux cas, l’état d’insurrection leur a permis de prendre conscience d’elles mêmes et de l’importance du rôle qu’elles ont tenu pendant les luttes par leur occupation des studios de télévision. A Oaxaca, la discrimination envers les femmes est très forte, on les a toujours réduites aux seules activités domestiques.
La prise de la télévision a créé des conditions favorables et les a mises en confiance pour aller au delà. Dans la lutte populaire contre la répression, il y a aussi eu une lutte des femmes pour leur reconnaissance en tant qu’actrices fondamentales de la vie sociale. D’ici la création de la Coordination des Femmes d’Oaxaca (COMO) afin d’exiger davantage d’espaces de participation politique. Pourtant la tâche est dure étant donné le fort attachement parfois inconscient aux valeurs machistes. En outre l’investissement dans des activités politiques n’est pas sans danger dans un tel contexte et certaines femmes ont dû passer dans un état de semi-clandestinité se retrouvant séparées de leur famille. Au sein même de l’APPO, elles ont également lutté pour être présentes dans le Conseil de Coordination qui, malgré une structure très horizontale, ne comporte finalement que 29 femmes sur 200 membres. En effet, la discrimination et le mépris à l’égard des femmes sont encore très forts, tout particulièrement dans les milieux paysans.
La marche vers les studios de Canal 9 a eu lieu le 1er août. On y réclame un temps d’antenne pour dire ce qui est tu par cette chaîne publique et dénoncer la collusion entre pouvoir et médias et désinformation délibérée. Le rôle de diffusion de l’information qu’ont joué les occupantes de Canal 9 est aujourd’hui largement salué par l’APPO mais la répression est toujours présente. Les femmes qui ont osé conduire des débats sur les plateaux de télévision sont parfois menacées. Mais elles ne perdent pas l’espoir et réclament un état de paix, dignité, justice mais surtout la fin de la discrimination des femmes. L’un des slogans qui a le mieux illustré leur combat a été « Le poing de la femme vigilante contre le pouvoir ».
Sources et infos supplémentaires :
http://www.oaxacalibre.net
http://www.asambleapopulardeoaxaca.com/
http://www.oaxacarevolt.org/
http://www.radioplanton.mx.kz
http://www.narconews.com
http://www.wikipedia.org
http://www.lecourrier.ch
Publié dans Point Sud n°27, avril 2007
