Semaine sur l’asile à la CAP

14 10 2007

Du 5 au 9 décembre dernier s’est tenu à la CAP (Cafétéria Autogérée Permanente [1]) de l’Unil une semaine de soutien aux requérants d’asile déboutés sur qui pèse un ordre d’expulsion.

sticker.gifLa polémique concernant ce sujet est apparue dans le canton de Vaud lorsqu’en été 2004, le conseiller d’Etat Jean-Claude Mermoud a pris les rènes du dossier du renvoi (l’expulsion du territoire helvétique) de 523 requérants auxquels on a refusé l’asile en Suisse. Plusieurs de ces personnes vivent et travaillent en Suisse depuis de nombreuses années et leurs enfants ont grandi ici. La lenteur du processus administratif a fait que ces refus et les avis d’expulsion qui s’en ensuivent ne soient communiqués aux intéressés que plusieurs années après la première demande.

Le ton est encore monté fin 2005 lorsque le Service de la population a décidé de mettre en pratique l’interdiction de travailler pour les requérants déboutés dictée par le même conseiller UDC ; ceci augmentant encore davantage la pression et l’abandon auxquels sont soumises ces familles. M. Mermoud a même menacé de sanctions les employeurs qui leur donneraient du travail. Cette politique de ” chasse à l’homme ” a suscité un fort rejet dans une large tranche de la société vaudoise dont nombre d’associations, d’élu.e.s, de mouvements religieux ou tout simplement d’individus.

Voici donc le cadre dans lequel la CAP a organisé un espace d’information, de débat et de soutien pendant une semaine. De petites conférences et des protections se sont succédé. En particulier, Christophe et Graziela, de la Coordination Asile Vaud nous ont présenté une approche historique de la problématique de l’asile et du mythe de la tradition humanitaire de la Suisse. Ainsi, les autorités ont partiellement forgé la réputation du pays en acueillant pendant la Guerre Froide, les dissidents hongrois ou tchécosolvaques qui fuyaient le régime soviétique. Mais cette politique d’acueil les bras ouverts est loin d’être la norme en Suisse.

La Coordination Asile dénonce l’attitude méfiante de l’Etat pour qui tout requérant est un tricheur potentiel. De plus il est incohérent d’exiger des visas au moment même où les conflits surgissent et que le besoin des personnes en détresse est le plus important (politique appliquée avec les ressortissants des Balkans pendant la guerre du début des années 1990).

D’autre part, un reportage de la TSR nous a fait découvrir le centre de détention de Frambois, à Genève : véritable symbole de la spirale kafkaïenne des expulsions. Des gens sont retenus dans cette prison afin d’être à disposition de la police le jour où la justice décide de leur expulsion; seulement ce jour n’arrive que rarement et les détenus doivent être relâchés. Bilan : des êtres humains auxquels on a refusé le séjour en Suisse (rappelons qu’il ne s’agit pas d’un crime de leur part) sont enfermés 24h/24 dans un bâtiment au tarif de 200 CHF par jour à la charge de l’Etat… Dans un registre légèrement différent, une rencontre avec des militant.e.s de la régularisation des sanspapiers en Espagne a eu lieu jeudi soir avec la participation de syndicalistes d’Espagne qui nous ont parlé des différentes politiques de régularisation des sans-papiers dans ce pays sous les gouvernements successifs de Droite et de Gauche.

A la CAP même on pouvait retrouver une exposition de photos ainsi que des récoltes de signatures pour demander l’interruption des renvois. Il faut dire que la manifestation a connu un franc succès, surtout à midi lors des repas. Enfin le Zelig a collaboré à l’événement avec une soirée le mardi soir.

Cette semaine de réflexion est arrivée à un moment particulièrement délicat pendant lequel se prépare au niveau fédéral ce qu’on a surnommé la Lex Blocher, à savoir les nouvelles lois sur les étrangers (LEtr) et sur l’asile (LAsi). Un comité référendaire tente aujourd’hui de combattre ces deux lois qui visent à durcir encore plus les contraintes subies par les requérant et les étrangers qui veulent s’établir en Suisse. A titre d’exemple, la loi sur les étrangers est totalement discriminatoire vis-à-vis des ressortissant.e.s des pays non-membres de l’UE et la loi sur l’asile permettra le doublement du temps de détention maximum à la prison de Frambois.

1. La CAP est un lieu de rencontre autogéré ouvert à la communauté universitaire où on peut manger pas cher à midi. Le local se trouve au BFSH2 (ou Humense, si ça vous branche…)
Pour plus d’informations:

http://www.stoprenvoi.ch
http://www.stopexclusion.ch

Publié dans Point Sud n°22, mars 2006