Conférence d’Al Gore: changement de mentalités face au climat ou business as usual?

8 05 2008

C’est semble-t-il à bord d’un hélicoptère militaire qu’Al Gore (ancien vice-président des Etats-Unis) a aterri sur le campus lausannois pour nous parler du réchauffement climatique et se voir décerner le titre de Dr Honoris causa de l’EPFL. Nous vous proposons un compte-rendu critique de cette conférence inhabituelle presque intégralement basée sur le documentaire Une vérité qui dérange. L’entrée en matièrees est solennelle: « l’humanité dans son ensemble est face à un dilemme et doit prendre une décision vis-à-vis de son foyer planétaire. Il est capital de se demander comment et pourquoi nous en sommes arrivés à cette nouvelle réalité sans précédent! »

Une planète si petite

En 1968 est apparue la première image spatiale de la planète Terre. Très vite, s’est tenu la conférence de Stockholm (1972, décision de réduire les émissions de CFC – gaz réfrigérant des frigos), précurseur du sommet de la Terre de Rio (1992). C’est à ce moment qu’on a réalisé à quel point la Terre était petite et que s’est effondré le mythe selon lequel sa grande taille rendait impensable que l’humain puisse avoir un impact sur elle. Pourtant une petite partie fragile de la Terre ne représentant qu’un millième du rayon terrestre occupe la problématique de cette conférence. En effet c’est dans la troposphère que se trouve le CO2 (un gaz qui absorbe la radiation infrarouge et, de ce fait, transforme l’énergie radiative en énergie thermique). À titre de comparaison, la plupart du carbone de la Terre est trappé dans la croûte terrestre, ce qui lui confère une température moyenne de 15°C, alors que sur Vénus, une planète semblable en taille à la Terre et où le carbone se trouve majoritairment sous forme de CO2 atmosphérique, la température s’élève à 455°C.

Tout a commencé par les travaux de Roger Revelle, publiés en 1957, sur les oscillations saisonnières de concentration de CO2 atmosphérique (liées aux phases de croissance végétale de l’hémisphère nord) ainsi que son augmentation globale sur quelques années. Al Gore fut l’un de ses élèves à Harvard et c’est cette rencontre qui déclencha sont intérêt pour le réchauffement climatique. Dans les anéées 80 et 90, il entreprend de nombreuses actions en tant que député au Congrès des États-Unis. C’est à cette période qu’est publié Earth in the balance, un livre sur les politiques environnementales qui connut un grand succès [1].

Les données présentées traditionnellement pour expliquer et démontrer le réchauffement global sont la corrélation entre la concentration de CO2 atmosphérique et la température moyenne que l’on retrouve par l’extraction de carottes dans les calotes glaciaires des régions polaires et qui permettent d’obtenir une frise géologique des 600 000 dernières années. En montrant des courbes parfois sursimplifiées pour un public scientifique, Al Gore a affirmé que la concentration en CO2 – aujourd’hui de 380 parties par million (ppm) – atteindra 600 ppm dans 60 ans et que la température suivra! Face à ces données catastrophiques, il assure que nous ne sommes pas face à « un problème politique mais moral, éthique et spirituel ». Des températures ponctuelles de plus de 50°C ont été enregistrées en Inde et au Pakistan ces dernières années, entraînant de nombreuses morts. Cette nouvelle tendance se confirme puisque les 9 années les plus chaudes enregistrées au cours de l’Histoire l’ont été pendant la dernière décennie (cela fait environ 100 ans que les températures annuelles sont enregistrées par des méthodes directes).

Des conséquences catastrophiques

Une des conséquences les plus visibles du réchauffement de l’atmosphère est la fonte accélérée des glaciers. Ainsi, dans les Andes (en particulier au Pérou), les glaciers approvisionnent davantage en eau certaines villes que pendant les décennies précédentes (ce qui peut sembler positif dans le court terme) mais un moment arrivera (d’ici quelques années!) où il n’y aura plus de glaciers et donc plus d’eau dans une région autrement désertique. On parle de réfugiés climatiques lorsque des déplacements de populations sont engendrés par de telles situations. Dans l’Himalaya est piégé 100 fois plus d’eau que dans les Alpes. C’est là que naissent les sources des grands fleuves d’Asie et 40% de la population mondiale réside dans ce bassin hydrographique (attention à l’analogie avec les glaciers andins! Plusieurs fleuves européens naissent dans les Alpes mais ce n’est pas pour autant qu’ils sont approvisionnés par les glaciers, la plupart de l’eau provient plutôt des précipitations. M. Gore s’est bien gardé de nous rappeler cela et ne s’est pas attardé sur la situation en Asie!)

La température de l’atmosphère se répercute sur celle des océans. Ainsi, si le nombre d’ouragans n’a pas vraiment augmenté, c’est bien leur force croissante depuis les années 70 qui inquiète, ainsi que leur apparition récente en des zones inhabituelles (hémisphère sud, notamment au Brésil). En effet la température de l’eau joue sur l’humidité de l’air et la vitesse du vent. Illustrant ses propos par l’effet dévastateur de l’ouragan Katrina (encore une fois, il tire profit du manque de moyens de prévention et d’organisation en cas de crise de la Nouvelle Orléans pour nous montrer des images désolantes), Gore revient sur le phénomène des réfugiés climatiques et décrit le rechauffement global comme le début d’une ère de conséquences (citant les déclarations de W. Churchill après la découverte et l’utilisation de la bombe atomique). Par la récurrence de ces catastrophes, on assiste à une augmentation du coût des dégâts mais aussi à une agmentation de la proportion des biens non assurés, il y a donc une précarisation de la situation de la population.

Global Warming Art« Le climat de la planète est un système non linéaire » souligne Al Gore. En effet, le changement global peut suivre un processus d’emballement: la fonte du permafrost dans les régions arctiques libère du CO2 et du méthane [2] autrefois trappés dans la glace. Autre phénomène d’emballement: la fonte des banquises. Ces dernières consitituent une surface de réflexion blanche qui renvoie dans le ciel la plupart de la lumière qu’elle reçoit. Une fois remplacée par de l’eau liquide océanique, cette surface absorbe beaucoup plus de lumière qui se transforme à terme en énergie thermique, c’est-à-dire en augmentation de la température de l’océan! Pour démontrer que le réchauffement est un phénomène complexe, le conférencier explique qu’une augmentation de 7°C au pôle nord s’accompagne d’une augmentation de 1°C à l’équateur et que cela se traduit par une augmentation globale de 3°C. Un changement de 3°C ne semble pas vraiemnt poser problème lorsqu’on se promène en plein air, mais ce sont autant de jours de gel en moins! Aussi, une partie de l’excès de CO2 rejeté dans l’atmosphère va se réfugier dans les océans mais abaisse son pH. Ces changements dans l’environnement transforment les biotopes et donc les écosystèmes: de nombreuses espèces invasives remontent les lattitudes et les altitudes (cas des moustiques, vecteurs de maladies infectieuses).

Des solutions?

À la notion de choc de civilisations, Al Gore oppose dès lors un nouveau paradigme: « Nous assistons à un choc entre notre civilisation et la Terre. » En présentant la courbe (exponentielle) de l’évolution de la population mondiale depuis 150 000 ans, il insiste: « la population croissante exerce une grande pression sur la Terre à travers ses activités: agriculture, forêts, ressources énergétiques… » Après avoir dressé un tableau très sombre de la situation, images choc à l’appui, Al Gore s’interroge sur la psychologie humaine et sa capacité d’adaptation et de résoluion des problèmes. Ainsi l’introduction d’une nouvelle technologie dans une société qui a d’anciennes habitudes aura des conséquences imprévisibles. La résolution de la crise climatique passerait donc par trois points: a) contrôler l’explosion démographique, b) accomplir une nouvelle révolution scientifique et technologique, c) changer notre façon de penser. Al Gore est convaincu qu’économie et environnement peuvent faire bon ménage, et pour parvenir à ces buts, il demande qu’on mette un prix aux émissions de carbone afin de les incorporer dans les marchés. Pour preuve, il affirme qu’avec la hausse du prix du pétrole et des taxes sur les émissions, le solaire devient compétitif. Pour appuyer ce point de vue, il cite la fin des émissions de CFC responsables du trou d’ozone stratosphérique après leur interdiction par le protocole de Montréal (1987), en oubliant de mentioner que leurs remplaçants – les HFC – s’étaient avérés beaucoup moins nocifs pour la couche d’ozone mais surtout que leur efficatité énergétique était supérieure. Il s’agit là d’un rare cas où l’on découvre facilement un produit de remplacement qui de surcroît est économiquement plus avantageux. Il n’est pas étonnant que ce produit intrinsèquement plus compétitif ait connu un grand succès dans un système basé sur la compétitivité!

Al Gore trahit là la grande faiblesse du capitalisme pour lutter contre la surexploitation d’une ressource particulière: la compétitivité est le premier des prérequis et ce n’est que quand cette ressource commence à s’épuiser que d’autres deviennent compétitives; l’argent n’a pas d’odeur: qu’importe qu’il provienne du pétrole, du Soleil ou d’une éolienne!

Répondons à Al Gore par sa propre invective « Changeons notre manière de penser » et pas seulement de ressource énrgétique, dépassons notre instinct primitif matérialiste et dévoreur de ressources, et apprenons à vivre des intérêts que nous verse généreusement le capital Terre-Soleil au lieu de croquer dedans.

Nikola Castillo

Notes et références:

[1] Sauver la planète Terre : l’Écologie et l’Esprit Humain, réédité en 2007 sous le titre: Urgence planète Terre : l’Écologie et l’Esprit Humain.

[2] Gaz absorbant 20 fois plus de rayonnement infrarouge que le CO2; malgré ce constat alarmiste la plupart du méthane émis provient des termites et d’activités liées à l’homme: élevage du bétail, rizières et activités industrielles.

Source de l’image: Global Warming Art

Pour plus d’information sur l’effet de serre, le changement climatique et la chimie de l’atmosphère, se référer aux notes de cours du Laboratoire de pollution atmosphérique et de sols (http://lpas.epfl.ch/) ou au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (http://www.ipcc.ch), récipiendaire du prix Nobel de la paix à part égale avec Al Gore.

COMMENTAIRE

On reproche à Al Gore de tenir un discours alarmiste et de faire des affaires avec le changement climatique (il est notamment consultant auprès de nombreuses entreprises à travers la firme Generation Investment Management). Dans sa vision capitaliste du monde cela n’est pourtant pas choquant. Si le marché est voué à résoudre tous les problèmes, il ne fait que contribuer à la résolution du problème! Il faut quand même lui accorder le mérite inestimable d’avoir posé sur la table la discussion d’une problématique que les scientifiques peinent souvent à rendre intéressante. Grand orateur et communicateur habile, il mêle l’objectivité de certains constats scientifiques incontestables à des solutions sorties tout droit de l’idéologie néolibérale et qui n’ont rien de plus vrai ou plus magique que n’importe quelle autre idéologie! En annonçant (faut-il lire finançant?) la création d’une chaire de Développement Durable à l’EPFL par l’intermédiaire de Thierry Lombard (de la banque privée Lombard Odier Darier Hentsch & Cie), il est difficile d’imaginer une remise en question du capitalisme financier et de l’économie de marché pour trouver une solution à la crise environnementale. La thématique de l’écologie semble désormais « durablement » arrachée aux écologistes de la première heure!

A paraître dans Point Sud n°30, mai 2008





Retour sur Polyrama 119

17 11 2007

J’ai rouvert un ancien numéro de la revue Polyrama (disparue en 2005) qui consacrait son dossier au progrès.

Des articles intéressants avec notammeunt un entretien avec le prof. de maths Marc Troyanov (le méchant intello qui veut bannir les journaux gratuits de l’EPFL);

- une réflexion du prof. de Physique Libero Zuppiroli sur l’évolution de l’Université avec un grand U en Europe (ainsi qu’un entretien sur ses recherches en optoélectronique moléculaire);

- puis un entretien sur la réussite – à laquelle peu de monde croyait – des cellules solaires sensibilisées par un colorant (dye-sensitized solar cells) avec leur inventeur le prof. Michaël Grätzel accompagné d’un portrait de ce chercheur. Un sujet qui me tient particulièrement à coeur puisque je travaille dans un domaine assez proche.

- enfin un très beau texte de Berthold Brecht faisant parler Galilée de la Science.

- mais encore un entretien avec David Aymonin, directeur de la Bibliothèque centrale et de l’information scientifique de l’EPFL, dont l’allusion en novembre 2003 au nom du futur “Rolex Learning Center” laisse songeur:

Qu’en est-il du futur Learning Center, pouvez-vous nous en dire un peu plus?
Tout d’abord, je tiens à préciser que son nom reste encore à trouver: notre culture francophone et latine, qui cultive le respect de la connaissance, nous pousse à trouver une appellation en français qui traduise cette valeur. Appelons-le temporairement «Centre de connaissance».

Je me demande qui d’autre à l’EPFL à part la direction soutient bel et bien cette appellation que je traiterais volontiers “d’anglo-commerciale” pour rajouter une couche à la novlangue technologique…





Rien d’autre que des faits?

10 11 2007

L’article qui suit était destiné à paraître dans le Flash No 12 du 3 octobre 2007 mais a été refusé en raison de sa longueur (entre 5000 et 7000 caractères). On m’a gentiment suggéré de ne point dépasser les 2000 caractères; ce que j’ai refusé. J’ai préféré réagir par un courrier des lecteurs accessible sur ce site. La version qui suit a été adaptée pour sa consultation sur la toile.

Francisco de Goya, Le sommeil de la raison produit des monstres (1799).Un débat quelque peu houleux a animé l’an dernier les pages du Flash concernant l’introduction des “journaux gratuits” sur le campus. En effet la direction a autorisé – à titre d’essai [1] – l’installation de caissettes sur le site de l’EPFL contre l’octroi d’espaces publicitaires pour l’Agepoly dans leurs pages; jusqu’à ce jour. Dans leur premier article, A. Ichino et G. Gremaud affirmaient: “Dans la presse gratuite, il y a un certain nombre de faits avérés, [...] mais rien d’autre que des faits, et pas de commentaires, car les commentaires sont toujours empreints de l’opinion subjective des journalistes.” [2] Puis, dans leur réplique à la réponse de M. Troyanov – un “intello” opposé aux gratuits [3] – ils dénonçaient ensuite sa “dérive élitiste insupportable et dangereuse, avec des relents fascistes qui rappellent certains épisodes tristement célèbres!” [4]

Au delà de la qualité de leurs articles, je m’interroge sur la nature des deux quotidiens. En effet, à l’occasion de la récente visite de Christoph Blocher, dont le parti fait explicitement preuve de haine raciale, une manifestation contre le racisme a été convoquée. Ce mardi 18 septembre, entre 1500 et 2500 personnes ont défilé à Lausanne d’après l’ATS. Présent sur les lieux, j’ai observé , une cinquantaine d’ados ayant participé à la manifestation s’attaquer à du mobilier urbain puis affronter des agents de police environ une demi-heure après l’arrivée du cortège au palais de Beaulieu. Il paraît que les dégâts ont continué plus tard pendant la soirée mais je n’étais plus là.
Pour les gratuits, il semble que la mission informative d’un journal n’est pas de montrer graphiquement l’action de 90% des gens présents mais bien l’action isolée de moins de 5 % de ces personnes.[5] Je pensais que l’utilisation d’images en journalisme servait à “illustrer” l’ensemble de la nouvelle ou sa partie la plus représentative. Ici outre le titre, on parle de la manifestation et on l’identifie à une scène de confrontation entre des agents anti-émeute et un ado. Ce qui ressort – et en particulier dans le cas de 20 minutes – c’est que les gens qui manifestent leur opposition au racisme sont des citoyens voyous qui attaquent la police.

Je ne conteste pas le droit d’Edipresse et de Tamedia (éditeurs du Matin Bleu et de 20 minutes respectivement) de publier des documents surréalistes. Ce que je conteste surtout c’est que l’EPFL agisse en porte-parole de ces médias douteux maîtres dans l’art de l’amalgame, puisqu’elle diffuse leur message. Participant proactivement à la dissémination des gratuits, elle promeut et cautionne la publication d’articles et de photos comme ceux que je viens de citer.

Quel sens a-t-il de créer une commission d’éthique dont on annonce en grande pompe la création puis on n’entend plus jamais parler, de prétendre que les étudiants apprennent la statistique et à écrire des rapports scientifiques corrects, de revendiquer l’excellence d’une école à tour de bras et à la fois d’être actif dans la diffusion du sensationnalisme le plus grossier? Quelle impression cela dégagerait-il si la une du Flash, afin d’illustrer son article sur la fierté de compter 1700 nouveaux étudiants, montrait la photo d’un jeune homme complètement bourré sur le site de l’école peu de jours avant de commencer ses études à l’EPFL?

Lorsqu’on ose affirmer que les anti-Blocher sèment le chaos, et que cela est censé correspondre à “rien d’autre que des faits”, j’ai peur. Car des gens qui s’opposent au conseiller fédéral il y en a des centaines de milliers et si ceux-ci semaient réellement le chaos nous serions en pleine guerre civile. Le titre de 20 minutes est donc faux et intentionellement biaisé, donc absolument subjectif pour ne pas dire fantaisiste. On est souvent rappelé qu’il ne faut pas prendre position politiquement sur le site de l’école. Or ce qu’affirme 20 minutes dans son titre mensonger tient du discours de l’UDC: la peur infondée. Pourquoi ce journal à capacité d’expression disproportionée devenu membre de la communauté universitaire par contrat bénéficierait-il d’un traitement de faveur par rapport aux gens qui travaillent et étudient à l’EPFL? La dérive dangeureuse c’est de permettre la diffusion sur le campus des idées d’un parti à traver un journal (ou deux, c’est pareil) et d’interdire aux membres de l’école d’y répondre sur ce même campus.

Nikola Castillo
Doctorant en Chimie

Notes:

[1] Nicolas Henchoz, Distribution des quotidiens gratuits sur le campus, Flash No 4, 21 mars 2006.

[2] Alessandro Ichino et Gérard Gremaud, Journaux gratuits sur le campus. Nous, on aime bien…, Flash No 5, 3 avril 2007.

[3] Marc Troyanov, Journaux gratuits: si on arrêtait le massacre? Flash No 4, 20 mars 2007.

[4] Alessandro Ichino et Gérard Gremaud, Journaux gratuits sur le campus. Incongruité en démocratie, Flash No 7, 7 mai 2007.

[5] Le Matin Bleu du 19.09 illustrait sa une par une photo mettant en scène un jeune de dos qui semble s’élancer avec un morceau de panneau publicitaire cassé vers trois policiers anti-émeute. La photo capte l’émotion de peur dans le regard des policiers. Le titre de l’article l’accompagnant annonce “La manif anti-Blocher dérape”. Carton pour le photographe, 20 minutes reproduit exactement la même image, mais fait plus fort: le grand titre de sa une n’est rien de moins que “Les anti-Blocher sèment le chaos”!
Dans la photo publiée, le manifestant de droite n’était pas visible. Sur une autre photo prise par le même photographe, ce sont les deux manifestants qui semblent avoir peur et souffrir l’effet du gaz lacrymogène.
Voir aussi la revue de presse de la TSR.





Science malade ?

10 11 2007

La présente réflexion a été rédigée après avoir participé à une partie de l’atelier intitulé Pouvoir, science et technique, violence, guerre totale et d’anéantissement dans le cadre du colloque international célébrant le 100ème anniversaire de la théoricienne politique Hannah Arendt tenu les 11 et 12 mai 2007 à l’Unil.

La Science est malade. Affirmation osée, n’est-elle pas ? Il est vrai que la Science nous sert d’incroyables et magnifiques nouvelles presque quotidiennement. J’aurais pu vous raconter un de ces fabuleux exploits mais je préfère prendre un peu de recul et analyser la Science dans sa globalité afin de dépister une de ses maladie. Quel rabat-joie celui là ! Et bien non, si je veux mettre en garde d’une maladie de la Science c’est pour que touTEs ensemble nous opérions à sa guérison.

Deux enjeux majeurs séparent la société hypertechnologique dans laquelle nous vivons de la Techno-Science. En premier lieu, l’ignorance ou le désintérêt des scientifiques de l’impact et des conséquences possibles de leurs travaux liés à leur spécialisation à outrance, d’où une déresponsabilisation du scientifique. En second lieu, le manque, voire l’absence, de communication entre scientifiques et société. Il s’agit de deux questions séparées mais l’une peut avoir de l’influence sur l’autre.

Les instances officielles ont opté pour la création de commissions et comités d’éthique à plusieurs niveaux. A l’EPFL, cette initiative a abouti à la publication d’une charte d’éthique distribuée entre autre avec le diplôme de Master. Assurément, les membres de ces commissions sont sensibles aux questions d’honnêteté intellectuelle, d’indépendance de la Recherche ou de principe de précaution. Ce n’est a priori pas de ces gens là qu’il faudrait se méfier ou avoir peur mais bien des scientifiques qui ignorent carrément l’existence de ces commissions et des réflexions qui y sont menées. M. Gérard Toulouse, président d’une de ces commissions en France au niveau national, propose la création « d’instances de bonne foi », c’est-à-dire favoriser que les gens reconnaissent l’existence de problèmes et se demandent si leur travail contribue réellement à résoudre les problèmes des plus démunis. Oui mais après ? De telles mesures, si je ne m’abuse, me suggère bien d’aller prier le Bon Dieu pour que cesse l’injustice dans le Monde, tout en restant retranché au fond d’une église, en attendant que mon vœu s’exauce ! Sans vouloir entrer dans la création d’un appareil policier, je crois qu’il serait bien plus utile de développer des instances de non mauvaise foi ; à savoir des organismes de contrôle surveillant et rendant transparentes les sources de financement de certaines recherches – en les confrontant aux résultas et conclusions obtenus – ainsi que certaines méthodes de brevetisation des « découvertes » et « inventions ». Un tel système permettrait une meilleure vigilance et conscience [1] de la part du grand public non scientifique, donc de la société.

C’est là qu’on rejoint le second enjeu énoncé plus haut : la communication entre scientifiques et société. Un grand public averti et capable de comprendre ce que font les scientifiques serait à même d’exercer un vrai contrôle démocratique sur la Recherche. M. Toulouse évoquait la démocratie participative mais je doute fortement que ce soit par la création de commission d’experts en éthique dans les hautes sphères que l’on applique la démocratie participative.

C’est donc par une meilleure communication que la population pourra exercer une pression sur la Recherche et ainsi jouir d’une Recherche à son service et non à celui d’oligopoles. Mais un tel processus risque de dévoiler les divergences entre l’intérêt du plus grand nombre et celui de plus-value économique. Un contrôle populaire ne viendrait-il pas entraver le bon déroulement de certains partenariats de recherche entre le public et le privé ? La recherche pharmaceutique ne représente-t-elle pas un des marchés les plus juteux au niveau mondial et la Suisse n’occupe-t-elle pas une place préférentielle dans ce marché ? N’en déplaise à certains, j’appelle la communauté scientifique à favoriser et renforcer le contact avec la société. Ainsi on ne peut s’empêcher de voir dans la création de certaines commissions d’éthique une simple action de façade, un acte permettant au reste des membres de la communauté de se déresponsabiliser puisque les « experts » de la commission sont là pour se poser des questions à notre place. [2]

Dans une autre direction, j’applaudis la création de l’Interface Sciences-Société à travers lequel le citoyen lambda peut écouter et discuter des nouveaux éléments technologiques émergeant dans notre quotidien. Une telle démarche est un excellant moyen de renouer la communication perdue. Mais attention, ne perdons pas une si belle chance de créer un enrichissement mutuel entre le scientifique et la société. Il serait trop facile pour le « camp » scientifique de percevoir cet exercice comme un sauf-conduit pour poursuivre ses recherches en y envoyant le responsable communication-marketing du groupe. Non. Le scientifique doit vraiment percevoir cette communication comme un échange d’égal à égal et c’est dans son intérêt de se rendre personnellement (lui et non pas un spécialiste ne cherchant qu’à légitimer les activités de son labo) à ce rendez-vous pour discuter de ses recherches avec d’autres interlocuteurs qu’habituellement. De tels échanges stimulent à coup sûr la créativité, le sens critique et l’imagination du chercheur et l’immunisent en quelque sorte contre la maladie du travail rituel et machinal bien présents malgré tout parmi les scientifiques. On reprochera que ce processus peut freiner la Recherche mais je suis convaincu qu’elle n’en ressortira que d’autant plus forte du point de vue qualitatif.

Nikola Castillo
Diplômé tout frais en Chimie

[1] conscience au sens d’être conscient de, pas de bonne conscience.

[2] A ce titre je regrette que la première mention officielle à la commission d’éthique au cours de mon plan d’études ait eu lieu le jour où l’on me remettait mon diplôme.

Informations supplémentaires sur :

http://www.unil.ch/interface

http://www.unil.ch/arendtsuisse2007

http://ethique.epfl.ch/ mais on n’y trouve que le serment d’Archimède

En cherchant un peu j’ai réussi à retrouver la charte éthique de l’EPFL sur : http://ethique.epfl.ch/webdav/site/ethique/shared/import/migration/CharteA4_1.pdf





Courrier des lecteurs: Une “mutation” qui déplaît

14 10 2007

Je regrette la mutation qu’a subie le Flash. L’édito du dernier numéro le dit clairement: «Un journal vite lu.». Des articles courts, des mots croisés suggèrent que le pari est d’imiter les gratuits. Ainsi donc leur arrivée sur le campus a conditionné le style du Flash, qui était là avant eux. Ce nivellement par le bas me rend triste et inquiet. Je regrette ce journal dans lequel on trouvait des articles de remise en question sur le futur de l’Ecole, sur Bologne, sur les cours SHS… de véritables bouffées d’oxygène entre tant d’articles d’autopromotion de l’EPFL. Comment soulever le débat sans recourir à la polémique facile en 1000 caractères? En attendant, je vous recommande la lecture fort intéressante des anciens articles de réflexion du prof. Zuppiroli qu’on ne trouve pas dans les archives électroniques du Flash mais sur le site web de son labo (http://lomm.epfl.ch/page63478.html).

Publié dans le Flash no 12, 3 Octobre 2007





Campus sans fumée, cancer et publicité

14 10 2007

Dans l’avant-dernier numéro du “Flash” avant l’été, la une nous annonçait en grande pompe l’expulsion définitive des fumeurs hors des murs de l’EPFL “estimant que les étudiants et collaborateurs ne pouvaient être soumis aux dangers de la fumée passive”. Brave décision. On ne peut que saluer l’effort de l’Ecole de nous protéger de tels dangers, parmi lesquels le cancer du poumon.

Par pur hasard, l’entrée en vigueur de cette mesure a eu lieu en même temps que le triste anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine, dont la principale conséquence est le cancer de la tyroïde chez les enfants (1). Ainsi nous l’avait rappelé l’auteur anonyme du graffiti “TCHERNOBYL N’ETAIT QU’UN DEBUT” (2) et d’un Manifeste du 26 avril collé sur certains murs de l’Ecole. Cela a-t-il relancé le débat sur les dangers de la production d’énergie nucléaire ou sur les éventuels dangers de certaines applications de la recherche menée dans les écoles polytechniques? Apparemment non. Cela peut paraître cynique, mais s’il y a eu un quelconque débat, je crains que les sujets n’aient été autres que le danger que représente un tel acte de subversion et la punition à infliger à son auteur.

J’attends depuis longtemps que l’on nous protège d’un autre danger: celui de l’aliénation publicitaire passive. Une lueur d’espoir était née en moi lorsque Nicolas Henchoz déclarait à l’occasion de l’annonce du partenariat avec Edipresse pour la distribution de journaux gratuits sur le campus que l’emplacement des caissettes serait choisi “de manière à garantir la visibilité des publications internes et à préserver nos locaux d’un envahissement publicitaire” (3). Il aurait été plus pertinent d’affirmer que cela éviterait une nouvelle vague d’envahissement publicitaire. En effet, et à titre d’exemple, je citerai un certain fabricant de cigarettes qui bénéficie encore et toujours de son slogan marketing “Liberté toujours” pour nous vendre son cancer. Liberté que l’Ecole n’accorde pas aux clients de ce fournisseur – expulsés des couloirs – ni aux taggeurs remettant en question la fuite en avant et les dangers de certains secteurs de la recherche. Je prie le lecteur de lire avec attention la proposition suivante. Dans un couloir qui en interdit la consommation, Gauloises nous incite par l’intermédiaire de ses affiches accrochées aux murs à consommer un produit “dangereux”. Où est l’erreur?

(1) Site web de l’Agence internationale de l’énergie atomique

http://www.iaea.org/NewsCenter/Features/Chernobyl-15/thyroid.shtml

(2) Le graffiti en question est apparu à l’occasion du 20ème anniversaire de la catastrophe en Ukraine, sur une colonne du mâtiment de Microtechnique, en face du bâtiment d’Architecture. L’article de Richard Timsit dans le “Flash” No 8 y faisait allusion et exhibait une photographie dudit graffiti. Lors de la parution du “Flash” No 8, où figuraient la nouvelle interdiction de fumer ainsi que l’article de R. Timsit, le graffiti avait déjà été effacé.

(3) Nicolas Henchoz, Distribution des quotidiens gratuits sur le campus, “Flash” No 4, 21.03.2006.

Publié dans le Flash no 12, 19 Octobre 2006





Journée de la Coopération 2006

14 10 2007

Nous consacrons le présent dossier à la coopération suisse. Voulant de bonne foi s’engager dans les activités d’IdM ou dans la coopération en général, beaucoup d’étudiantEs souhaitent en savoir davantage sur la position de la Suisse sur cette question et comment est apparue la notion d’Aide au Développement. En ce sens nous profitons pour vous présenter un résumé de la Journée de la Coopération 2006 qui s’est déroulée le 23 novembre dernier à l’EPFL en guise d’introduction de ce dossier et à laquelle IdM a participé.

La journée a commencé par un discours de bienvenue du président de l’EPFL, le professeur Patrick Aebischer. Ce dernier a souligné l’importance historique de la Coopération à l’EPFL et que la coopération au sens d’une école d’ingénieurs revenait à développer des techniques qui servent à aider. Le budget de l’unité cooperation@epfl est de 6 millions CHF dont 85% proviennent de financements extérieurs.

Durant cette journée, l’accent a été mis sur l’importance de l’accès à l’information comme outil de Développement ; Internet y jouant un rôle capital. Jacqueline Schmid a présenté le rôle de la DDC puis a donné la parole aux chercheurs présentant leurs travaux de collaboration scientifique. On notera le programme de biotechnologie avec l’Inde, le développement d’une antenne en bois au Cameroun, l’urbanisation dans les grandes villes en Afrique de l’Ouest, les transports ou le traitement de l’eau en Colombie. Le professeur Eric Goles, de l’Université Adolfo Ibáñez au Chili, a présenté l’exemple assez parlant du développement de la recherche au Chili qui, grâce à une série de particularités, est devenu hautement compétent dans des disciplines tel que l’Astronomie et les Mathématiques. Le programme a débuté voilà une trentaine d’année. Il a visé à fortement augmenter le nombre de thèses de doctorat effectuées au Chili avec notamment le soutien financier de la Banque Mondiale. La stratégie a été de commencer par le lancement des sciences de base pour ensuite développer la recherche en ingénierie et finalement aboutir à des applications en collaboration avec les industries locales. Mais la réussite du Chili n’est pas uniquement due à une planification stratégique politique. A la suite du coup d’état d’Augusto Pinochet, de nombreux universitaires ont fui le pays, ont continué leur carrière à l’étranger, puis y sont rentrés de manière plus ou moins soudaine à la fin de la dictature militaire.

Pour finir, le professeur Vijai Modi étudie à l’université de Columbia à New York l’évolution globale du Développement pour essayer de trouver de meilleurs outils de coopération. L’Earth Institute qu’il dirige analyse des projets pilote appelés Millenium Villages Project où l’on tente d’arriver aux Objectifs du Millénaire en matières de Développement fixés par l’ONU dans 80 villages d’Afrique. Cette dernière conférence a généré de nombreuses réactions de la part de l’assistance et a soulevé la question des différents impacts que peuvent avoir la technologie et les intérêts politico-économiques dans les stratégies pour l’amélioration des conditions de vie dans les pays du Sud. A quoi le conférencier a répondu : « Il faut résoudre le problème de la mauvaise gouvernance avant de s’attaquer à d’autres questions. » Sur cette déclaration, l’EPFL n’a-t-elle pas les moyens de faire pression sur certains de ses partenaires privés qui y sont pour beaucoup dans la mauvaise gouvernance des pays du Sud ?

Les présentations des différents intervenants sont consultables sur le site web de coopération@epfl: http://cooperation.epfl.ch/page64142.html

Publié dans Point Sud n°25, janvier 2007





Entretien sur le Learning Center

14 10 2007

Un drôle de sujet a marqué certaines des conversations de l’année dernière à l’EPFL : le Learning Center. D’après la forte médiatisation et une exposition de maquettes dont a fait objet ce projet, on en retire qu’il s’agit d’un bâtiment à l’architecture spectaculaire et que le financement de son coût élevé n’a pas encore été explicité. Pourtant, sur le campus peu de gens savaient à quoi servirait ce bâtiment au nom bizarre qui pour l’instant n’a fait que donner de la publicité à notre école. Jean-François Ricci, délégué à la présidence nous a reçu en juin dernier pour répondre à quelques questions.

De cet entretien, nous avons fondamentalement retenu que le but du bâtiment est de remplacer la Bibliothèque Centrale devenue trop petite ainsi que d’accueillir de nouvelles fonctionnalités dédiées principalement aux étudiants. Pourtant, concernant son mode de financement, il semble que le basculement vers le privé pourrait marquer un précédent. Visant une recherche de fonds aussi bien auprès des grandes industries que des anciens diplômés qui ont “réussi”, nous entrons dans une dynamique où l’institution universitaire tient plus de l’entreprise source de profit soucieuse de son image auprès des clients consommateurs de savoir que d’un lieu de réflexion qui se trouve au delà des exigences de l’économie. Ainsi, il y a mise en concurrence entre les différentes hautes écoles pour s’arracher les parts de marché des donateurs potentiels. Il faut développer des stratégies et des projets qui permettent d’être choisi par les grands investisseurs. Et si l’on refuse d’entrer dans ce système et bien on se retrouve sans financement. Qu’en est-il de la solidarité entre institutions soeurs? Une distribution équitable du budget publique (voire des donations privées) à tous les centres de formation supérieure correspondant à leurs besoins ne serait pas plus simple? Mais qu’en est-il aussi de la solidarité internationale? Des investissement pour collaborer avec des universités du Sud ne seraient pas plus urgents que la construction d’une telle cathédrale?

Une autre question est à qui revient-il de payer les études universitaires et les infrastructures qui y sont liées : à l’Etat, aux étudiant-e-s, ou à la caste sociale des diplômé-e-s universitaires? En partant du principe que l’ancien-ne diplômé-e va récompenser financièrement l’institution qui l’a formé-e à la suite du gros investissement nécessaire à cette formation, on entre dans une réflexion purement commerciale : comment obtenir la rentabilité maximale en sachant que les coûts annuels de production sont de 50 000 francs par futur donateur potentiel tout en espérant que ce donateur décroche le boulot avec le salaire le plus élevé possible? Ainsi il n’est pas intéressant de former des gens dont le but ne sera pas d’empocher le maximum d’argent ni de conserver des formations universitaires dont les futurs diplômés ne seront pas à même de reverser suffisamment de dons à leur institution. Concernant la première catégorie, la solution nord-américaine est très simple : faites leur payer les 50 000 francs annuels pendant 4 ans et la dette accumulées à la fin de leurs études ne leur laissera aucun autre choix que de tenter de la rembourser aussi vite que possible. Est-ce la direction que nous souhaitons suivre?

POINT SUD: Que signifie Learning Center? Pourquoi choisir un nom anglophone?

J.-F. RICCI: Tout d’abord, c’est un nom de code utilisé dès le début du projet (2001-2002) mais qui n’est pas figé. Puisque le projet était lié à la formation et qu’il s’agirait d’un centre le nom de Learnig Center s’est imposé dans les discussions.

A la question pourquoi Learning Center, nous répondons : ” Si vous avez une meilleure idée, une idée géniale pour un projet, on est prêt à la prendre. ” Mais au delà du nom du projet je pense que le nom du bâtiment sera celui que lui donneront les utilisateurs. D’ailleurs, il était a priori très difficile de trouver un nom adéquat ne sachant pas la forme qu’aurait le bâtiment. Maintenant, compte tenu du choix du jury, les utilisateurs pourront certainement lui donner très vite un nom au même titre qu’ils donnent le nom de Banane au bâtiment de l’université de par sa forme.

Pouvez vous nous rappeler à qui sera destiné le centre? Quelle sera son utilité par rapport aux installations existantes?

La mission principale du Learning Center est d’être un outil pour la formation donc il est destiné avant tout aux étudiants et ceci pour plusieurs raisons.

1) La Bibliothèque Centrale fut dimensionnée en même temps que la première partie du campus (vers 1970). A l’époque, on imaginait à la hausse un horizon du nombre d’étudiants de l’ordre de 2.000 à 2.500. Or on en est actuellement à 6.500 ; les espérances des concepteurs de l’époque sont complètement dépassées. Dès lors, la Bibliothèque Centrale est devenue trop petite.

2) Le campus ayant été créé à la période qui suivait juste mai 68, on ne voulait pas d’étudiants sur le campus qui puissent prendre racine. Il fut créé pour enseigner : on y a construit des salles de cours, des labos, etc. Mais aucun endroit n’a été prévu pour que les étudiants puissent se retrouver seuls ou en groupe pour travailler. Il est paradoxal, aujourd’hui de voir des étudiants un peu partout dans les couloirs avec un “laptop” sur les genoux qui tentent de s’adapter pour essayer de travailler. Le campus n’a pas été créé pour ça et il s’agit d’y remédier.

3) La pédagogie évolue et va être à même d’évoluer dans le sens que les étudiants vont certainement devoir de plus en plus agir proactivement dans leur formation, ce sont eux qui vont aller chercher l’information. Il est donc nécessaire de leur mettre à disposition des outils conséquents pour le faire.

Ainsi, la première fonction du Learning Center est bien sûr de remplacer la Bibliothèque. Il y aura donc toute une partie bibliothèque avec des livres puisqu’on croit encore aux livres ; une partie très importante avec différents types d’espaces de travail adaptés aux besoins. On y trouvera aussi des espaces où les étudiants pourront se retrouver, par exemple pour manger ensemble, donc aussi des espaces de restauration avec différents types de cuisine.

Au delà des services aux étudiants, il y a aussi la volonté que ce bâtiment puisse être ouvert 24h/24 et accessible aussi au public extérieur de manière à être une porte d’entrée pour l’EPFL vis-à-vis de l’extérieur. Enfin, on y trouvera des espaces d’exposition ainsi qu’une grande salle multifonctionnelle qui accueillera des conférences, des présentations ou des concerts. Voici donc les principales fonctionnalités, auxquelles s’ajoutent quelques espaces de bureaux comme le CRAFT, qui est étroitement lié à la pédagogie et au soutien à l’enseignement, plus le coeur du centre de langue.

C’est donc un peu une révolution du concept de bibliothèque tel qu’on le connaissait vers une idée bien plus large qui englobe de nouveaux aspects des techniques d’enseignement.

Au terme de révolution, je préférerais “évolution” qui est un peu différent, puisque cette évolution a déjà commencé avec la mise en réseau des bibliothèques périphériques (celles des différents instituts). Le Learning Center n’implique pas leur suppression ni leur remplacement; il ne s’agit pas de tout centraliser. Il s’agit plutôt d’une politique globale à venir qui doit permettre d’accéder à un catalogue unifié où que l’on se trouve et qui contienne l’ensemble de l’information scientifique présente dans les différentes bibliothèques.

Maintenant, que les livres à proprement parler se trouvent dans une bibliothèque périphérique ou dans le Learning Center, cela dépend de considérations plus locales propres aux instituts. Mais l’idée est tout de même d’avoir une politique globale.

Pour finir de répondre à la question, le Learning Center n’a pas la vocation de vider l’ensemble du campus de sa substance. Il ne va pas se substituer à l’ensemble du campus en attirant par capillarité toute l’information scientifique mais doit plutôt venir en complémentarité. Il faut trouver un équilibre avec le reste du campus concernant l’information mais aussi l’animation, la vie qui est sur le campus.

Le projet POSEIDON promeut l’acquisition d’un ordinateur portable personnel par chaque étudiant-e. Est-ce que cela pourrait entraîner à terme la suppression des salles d’ordinateurs qu’utilisent les étudiant-e-s dans leur section pour les remplacer par des espaces de travail à connexion sans fil?

Poseidon est tout à fait complémentaire au Learning Center. Mais ce projet est encore en développement car je crois que 60% des étudiants ont déjà un “laptop” dont 10 % l’ont acquis via Poseidon. Il s’agit de leur donner la possibilité d’avoir ces “laptops” dans des conditions avantageuses auxquelles s’ajoute le projet de Learning Center: un lieu dans lequel on peut avoir accès à l’information à travers son “laptop”. Mais cette information ne sera pas seulement disponible ici, elle le sera sur tout le campus.

Concernant les salles informatiques, il existe une volonté explicite de la direction de ne pas les supprimer et ce parce que tous les étudiants n’ont pas forcément un “laptop”. Disons qu’il y a une politique de conservation d’un certain nombre de salles, mais aussi de réduction puisque le nombre de “laptops” augmentant, les besoins sont à réévaluer au fur et à mesure de leur acquisition par les étudiants. La question de l’espace n’est pas banale puisque ce sont les salles, les lieux physiques, qui coûtent relativement cher aussi. C’est une des denrées les plus chères en milieu académique.

Est-ce que les locaux des associations d’étudiante-s qui sont aujourd’hui dispersés un peu partout sur le campus pourront être regroupés dans ce bâtiment?

Si on voulait y loger toutes les associations, il faudrait y consacrer la moitié du bâtiment et cela permettrait de montrer la vie du campus mais ce ne serait peut-être pas très raisonnable. Pourtant, à travers l’Agepoly, les étudiants auront bel et bien des locaux dans le Learning Center. Il est effectivement indispensable que la vie associative des étudiants puisse se passer là dedans. Cependant il n’existe pas une volonté de tout regrouper dans le Learning Center et c’est d’ailleurs les étudiants qui nous le disent.

Financement

On parle de 60 millions de francs suisses destinés à la construction de ce nouveau bâtiment ainsi que d’un don de 1 million de la part de M. Daniel Borel, PDG de Logitech. Plus récemment Rolex a annoncé qu’elle ferait une contribution importante mais n’a pas voulu préciser le montant du don. N’y a-t-il pas une contradiction avec la “transparence” que l’on vante si souvent? Est-ce une nouvelle pratique ou s’agit-il du moyen habituel de financement qui a été employé pour la construction du reste de l’école? Pouvez vous nous donner plus d’explications sur les sources globales de financement?

En ce qui concerne la politique de Rolex, on ne peut rien y faire. C’est effectivement une politique générale de cette entreprise qui sponsorise d’ailleurs beaucoup d’événements. Ne pas dévoiler de montants est quasiment leur seule règle. Cela n’empêche que l’on peut imaginer la valeur de ce montant !

Par rapport à la politique générale de financement du projet, notons qu’il s’agit d’un des premiers projets de ce genre à l’EPFL, voire en Suisse, car il se destine très bien à du “sponsoring”. Ce projet est complètement novateur de par son architecture, de par le programme qu’il propose et est à même d’attirer des “sponsors”. C’est aussi notre mission de ne pas créer un bâtiment qui grèverait le budget de l’institution au point qu’on doive amputer des parties de la recherche et de la formation. Les opérations de “fund-raising” qui sont en cours pour ce projet vont donc effectivement se poursuivre. Vous avez mentionné Rolex qui couvre une grosse partie du financement, le don de Daniel Borel, qui date de 2003 déjà, et il y en aura certainement d’autre qui viendront se rajouter. Un des objectifs est d’atteindre environ 50% du financement par le ” sponsoring ” externe, ce qui par rapport aux règles habituelles de construction des bâtiments de l’EPFL est une différence énorme puisque tous les bâtiments ont jusqu’alors été financés à 100% par l’EPFL. Les 50% du cas présent représenteraient une sorte de plus-value.

A la question ” Faudrait-il augmenter les finances de cours pour financer le Learning Center ? “, je réponds clairement non. Une augmentation éventuelle des finances de cours n’aurait que pour objectif, que cela soit bien clair, de pouvoir augmenter sensiblement la possibilité de pouvoir octroyer des bourses.

Actuellement on sait très bien qu’on peut certainement faire mieux en terme de dimension sociale d’accessibilité aux études, donc d’octroi de bourses. Or les cantons sont plus ou moins à la gorge, d’après les derniers débats au parlement, la confédération parle plus d’économies que d’autre chose. Donc si augmentation des taxes il devait y avoir ce serait reversé pour financer un nombre beaucoup plus important de bourses à destination des étudiants qui en ont besoin. Financement du Learning Center et finances de cours sont deux choses complètement séparées.

L’ETHZ a récemment lancé un appel à ses ancienne-s élèves pour participer au financement de l’institution sous forme de dons[1], une pratique très courante en Amérique de Nord. Après l’initiative de M. Borel, l’EPFL aimerait-elle généraliser cette tendance ?

Il s’agit d’une nouvelle pratique qui est très ancrée dans le monde anglosaxon et je pense que c’est quelque chose qui est amené à se développer ici. Notons que c’est une action entièrement bénévole, une certaine forme de retour et de reconnaissance.

Quand on voit qu’il y a des personnes issues de notre école à des postes très important – non seulement Daniel Borel, mais aussi le directeur de Danone ou d’autres – et qui se sont déjà annoncées disposées à contribuer, il est naturel qu’il y ait une sorte de reconnaissance vis-à-vis de l’institution qui a investi des moyens importants pour les former. C’est donc absolument vrai qu’il y a une politique d’essayer de demander aussi aux ” alumni “, aux anciens diplômés de contribuer et le Learning Center est un bâtiment qui se prête très bien à ça.

Ces nouvelles méthodes de financement qui échappent au contrôle public ne risquent-elles pas de créer des déséquilibres croissants entre les budgets des différentes hautes écoles avec d’un côté les EPF et leur bonne image et de l’autre les facultés de certaines universités dont on parle moins dans l’actualité économique et qui ont la corde au cou ?

Il y a là la question de savoir si des institutions draineraient plus de donations que d’autres. Chaque institution a des ” alumni “, et si ces derniers vont donner de l’argent ce sera vraisemblablement à leur institution car l’ancrage à l’alma mater est très fort.

Ensuite je pense que chaque institution a des choses qu’elle peut mettre en valeur: le panorama des donateurs potentiels est très large. Il va d’industries qui sont portées sur la technologie et là il est clair que les EPF sont mieux profilées – quoique ces entreprises sont plus portées vers des partenariats industriels – jusqu’à des fondations qui soutiennent des initiatives dans l’art ou l’Histoire. Vous parliez du grec ancien, s’il y a un centre de compétence qui se crée à un endroit autour de grec ancien, je ne vois pas pourquoi il n’y aurait pas une des ces fondations prête à le soutenir. D’ailleurs, si les EPF sont mieux placées pour les partenariats industriels, le nombre d’étudiants qui passent par les facultés de Sciences humaines, de Droit ou de Lettres est de loin beaucoup plus important que celui des étudiants qui passent par l’EPFL d’où un plus grand nombre d’” alumni “.

En revenant aux donateurs potentiels tel que Rolex, à titre personnel il est clair qu’on ne va pas décrier le fait qu’ils veuillent investir à l’EPFL, c’est aussi une question d’image qu’on projette. On ne va pas entrer dans la problématique des ” rankings ” mais ils montrent effectivement que chaque institution essaie de se profiler à un certain niveau en fonction de sa politique. Certaines le feront au niveau international et d’autres au niveau régional.

Pour conclure, dans l’un des scenarii d’utilisation du Learning Center publié sur le site web de l’EPFL il est fait allusion à des vitrines destinées à la vente de sweaters EPFL à la mode des universités américaines, ceci ne constituerait-il pas un premier pas vers la naissance d’un centre commercial sur le site de notre école?

Le Learning Center ne va pas devenir un centre commercial, c’est un centre pour la formation. La possibilité d’acheter des articles estampillés EPFL tel que des trainings, des sweat-shirts, même des gants ou des K-way existe déjà à la boutique Agepoly depuis quelques temps. Donc ce n’est pas quelque chose de nouveau et je ne crois pas qu’il y ait la volonté du coup de créer un énorme centre commercial. C’est effectivement quelque chose de beaucoup plus développé aux Etats-Unis puisqu’on trouve même des sweat-shirts Harvard dans les grands magasins de sport. Ici, on n’en est pas là mais cela permet aussi une certaine promotion de l’image de l’institution. Il est vrai qu’en Suisse, on est toujours un peu réticent, on ne veut pas trop montrer etc. mais il y a en tout cas une demande qui existe. On voit effectivement lors de la tenue de stands par l’école à l’extérieur que les gens qui viennent nous voir apprécient le fait de mettre un logo EPFL sur un sweat-shirt.

Actuellement il y a une demande pour ces objets donc pourquoi ne pas les proposer. On verra d’ici cinq ans comment ça se développe mais je n’ai pas du tout l’impression que ça le fasse au point d’avoir un monstre centre commercial. Pour l’instant c’est en tout cas quelque chose de tout à fait limité. Il y aura effectivement ce qu’on pourrait appeler le pendant de ce qu’il y a actuellement dans la boutique de l’Agepoly qui sera mis – notamment avec ses bureaux -dans le Learning Center.

Autrement, il y aura aussi la librairie : c’est avant tout un lieu où on doit avoir accès à la connaissance. Je pense un peu aux librairies des musées comme par exemple à la Villette où on offrirait des livres sur la science et la technologie. Comme c’est un bâtiment qui sera ouvert au grand public, les gens qui viendront le visiter devront aussi pouvoir accéder à la science et à la technologie s’ils s’y intéressent.

Une autre forme de défendre l’image qui est beaucoup moins mercantile est de ” montrer ” les choses. Dans cette optique, il est prévu de monter des collections de livres anciens sur la science qui sont actuellement à la Bibliothèque Centrale ; cela pourrait donc permettre de montrer l’ancrage à la science. Des objets anciens mais aussi d’autres beaucoup plus récents comme les découvertes de certains laboratoires. La créativité de l’EPFL est très grande, qu’elle soit effectivement aussi montrée au grand public.

Entretien réalisé par Nikola Castillo
[1] Les hautes écoles suisses invitent leurs anciens étudiants les soutenir, La Liberté, 7 mai 2005.

Publié dans Point Sud n°21, octobre 2005





A tous les newcomers

13 10 2007

Tout d’abord, welcome et toutes mes congratulations. Comme tous les nouveaux students, tu viens d’accéder à l’un des centres du top-ten de l’engineering en Europe qui jouit besides du brand new système bolognais qui te permettra indeed de succeed un max dans tes études, et qui sait, tu feras même peut-être partie des heureux élus qui atteindront la mystérieuse terre promise de notre time: l’excellence!

Ces lignes te choquent un peu? Don’t worry man: avec l’English à l’école, fini le No Future! Grâce à la very populaire mutation forcée des teaching languages vers cette fascinante nouvelle langue fédérale (et ouais, pas pour rien qu’on est dans une école fédérale!) vous pourrez chatter sans problème dans la nouvelle langue des engineers lausannois d’ici votre graduation. Miaou!

According to the new SFITL (Suisse Fédérale Institut de Technologie à Lausanne) Masters Programs 2005 brochure, il faudra être “mobile and marketable” si vous voulez obtenir your master degree; la voilà la key to success – tiens, le ou la key? – you know, just like les tomates importées à toute saison from all around the world qu’on trouve à la Migros. Je me demande même s’il n’y aura pas les labels Max Havelaar pour les Master Students également. Je crois que c’est quelque chose à creuser ça, le commerce équitable d’étudiants – à moins que ce ne soit le commerce tout court d’étudiants équitables – mais faudrait starter un tout autre sujet de discussion…

Névèrezeulaisse, I wouldn’t like you to be trop enthousiastes about ce new programme. Tout change très très quickly dans ce world et dans notre school aussi. It is very likely que vous pensiez que not much devrait changer en 5 ans – l’order of magnitude de time qu’un student passse à l’école –, je vous souhaite d’être right mais let me tell you un truc: il y avait encore des seniors (senior stands for 4th year student dans notre newly adopted langue) qui suivaient un ancien plan d’études quand j’ai joiné le SFITL back en 2001. No sooner than 2004, je me retrouve dans un post-revolutionary state not far from chaos par moments avec à nouveau un nouveau plan d’études et un nouveau système desquels on ne parlait que vaguement quand j’ai fait mon luggage et suis parti en X-change en août 2003. Dès lors, qu’est-ce qui empêcherait les dirigeants de notre beau pays de lancer une nouvelle réforme d’ici peu? Et s’ils avaient le feeling que l’Anglais n’est plus une langue assez cool? En traficotant un peu le nom de Bologne, on pourrait arriver aux accords de Bolocher puis de Blocher et la Berne fédérale de nous imposer l’enseignement général en Romanche, la plus hélvétique de nos 4 – que dis-je, 5 avec l’anglais – langues nationales.

Anyway, les étudiants, on se doit d’être jeunes, dynamiques et flexibles et ce n’est pas l’abandon de la langue de notre cher Rousseau pour en adopter une que Shakespeare aurait probablement de la peine à reconnaître qui devrait nous ralentir dans notre soif de knowledge technique. Nous sommes d’ailleurs très proud d’entreprendre ce nouveau challenge sans pour autant renoncer au fun de la vie estudiantine. However it would really be a pity que l’obtention du titre de maître Master se fasse à condition que vous en perdiez votre latin après la peine qu’on s’est donné pour nous apprendre le Français au gymnase.

That´s all folks! J’espère que vous managerez assez bien votre timing pour survivre à vos études et vous souhaite un happy Spring Break! Et surtout don’t forget d’acheter les nouvelles mugs du SFITL qui vous attendent à l’agepoly afin de faire Cheers tous ensemble.

C ya around.

Nick C Castle, BSc

Publié dans Point Sud n°20, avril 2005





mouvement anti-guerre epfl

13 10 2007

Dès le début de cette année la politique internationale connaît une crise majeure. Accompagnés par ses alliés la Grande Bretagne et l’Espagne, les Etats-Unis d’Amérique ont fini par mettre en pratique ce nouveau concept de guerre préventive présenté par Washington en juin 2002. Lors du sommet des Açores, les trois alliés ont donné un ultimatum de 48 heures à M. Saddam Hussein pour quitter son pays et la Guerre visant à libérer le peuple d’Irak a éclaté.

27678.jpgCet événement a profondément touché une grande partie des universitaires Lausannois, qui ont manifesté bruyamment leur refus à cette agression militaire illégale. Le mouvement a abouti à la formation d’une Coalition Universitaire Anti-Guerre (CUAG) cherchant à soulever le débat et à comprendre les causes et les conséquences de la guerre au sens large. Dans la même optique, une douzaine d’étudiants et collaborateurs de l’EPFL ont voulu amener le sujet au Poly en montant un stand d’information sur l’Esplanade – le but étant surtout d’éveiller les consciences et de créer un débat et une réflexion au delà des équations quotidiennes. Dans une ambiance festive, nous avons cherché à informer et discuter avec les étudiants en proposant des pétitions à signer contre la guerre et toute une série de documents concernant le sujet.

D’un point de vue purement social, cette manifestation fut très enrichissante du fait de la diversité des réactions et des origines de nos interlocuteurs. Ainsi, de nombreux étudiants se sont arrêtés à notre stand malgré l’indifférence générale de la foule. Certains ont juste regardé notre exposition
l’air intéressé, mais –peut-être par timidité?- n’ont pas osé nous poser de questions… Pourtant, une partie de ces gens-là ont fini par s’exprimer avec intérêt lorsque c’était nous qui engagions la conversation. Enfin, comme nous nous y attendions, d’autres nous ont observé avec mépris ou sont venus directement goutter nos boissons pour repartir sans autre…

Parmi les commentaires qui nous ont été adressés, trois types sont à souligner: en premier lieu, trop d’étudiants nous ont avoué qu’ils étaient opposés à la guerre, mais considéraient ce problème – et bien d’autres injustices de ce monde – comme une fatalité irréversible contre laquelle les populations ne pouvaient rien faire; d’autres, venant de pays du Sud, ont trouvé notre action intéressante mais un
peu naïve en nous demandant pourquoi cette inquiétude soudaine contre une guerre injuste et très médiatisée alors que cela fait douze ans que l’Irak est bombardé quotidiennement et que les troupes américaines opèrent de façon similaire en Colombie ou plus récemment aux Philippines. Une autre question était pourquoi l’opinion publique se mobilise et se scandalise maintenant contre la politique impérialiste des Etats-Unis alors que d’autres états mènent des actions semblables liées à des problèmes de séparatisme ou de décolonisation; enfin 3 ou 4 personnes provenant du Moyen-Orient ont fortement soutenu la guerre en Irak: elle permettrait de rendre la liberté au peuple irakien opprimé pendant plus de 30 ans par la dictature de M Saddam Hussein, en argumentant qu’il s’agissait du seul moyen de le faire partir. Ainsi, que ce soit pour renforcer l’hégémonie militaire étasunienne ou pour apporter la démocratie au peuple irakien, les moyens – une guerre désapprouvée par l’ONU – seraient justifiés par le but.

Le fait est que nous avons réussi en quelque sorte a réunir des personnes aux idées diamétralement opposées et à créer un espace de débat ouvert sur le site alors que ce genre de sujets tend trop souvent à rassembler d’un côté les sympathisants et de l’autre les détracteurs en creusant d’autant plus le fossé qui les sépare. Espérons donc que d’autres manifestations incitent à l’échange d’idées de manière spontanée et ouverte entre tous ceux qui peuplent l’EPFL en inversant la tendance selon laquelle les étudiants semblent aller de plus en plus vers l’individualisme et le corporatisme, en s’isolant des autres problèmes de la société jusqu’au point de transformer la politique en tabou au sein de notre Ecole.

Publié dans Liaisons covalentes n°14, mai 2003