Campus sans fumée, cancer et publicité

14 10 2007

Dans l’avant-dernier numéro du “Flash” avant l’été, la une nous annonçait en grande pompe l’expulsion définitive des fumeurs hors des murs de l’EPFL “estimant que les étudiants et collaborateurs ne pouvaient être soumis aux dangers de la fumée passive”. Brave décision. On ne peut que saluer l’effort de l’Ecole de nous protéger de tels dangers, parmi lesquels le cancer du poumon.

Par pur hasard, l’entrée en vigueur de cette mesure a eu lieu en même temps que le triste anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl en Ukraine, dont la principale conséquence est le cancer de la tyroïde chez les enfants (1). Ainsi nous l’avait rappelé l’auteur anonyme du graffiti “TCHERNOBYL N’ETAIT QU’UN DEBUT” (2) et d’un Manifeste du 26 avril collé sur certains murs de l’Ecole. Cela a-t-il relancé le débat sur les dangers de la production d’énergie nucléaire ou sur les éventuels dangers de certaines applications de la recherche menée dans les écoles polytechniques? Apparemment non. Cela peut paraître cynique, mais s’il y a eu un quelconque débat, je crains que les sujets n’aient été autres que le danger que représente un tel acte de subversion et la punition à infliger à son auteur.

J’attends depuis longtemps que l’on nous protège d’un autre danger: celui de l’aliénation publicitaire passive. Une lueur d’espoir était née en moi lorsque Nicolas Henchoz déclarait à l’occasion de l’annonce du partenariat avec Edipresse pour la distribution de journaux gratuits sur le campus que l’emplacement des caissettes serait choisi “de manière à garantir la visibilité des publications internes et à préserver nos locaux d’un envahissement publicitaire” (3). Il aurait été plus pertinent d’affirmer que cela éviterait une nouvelle vague d’envahissement publicitaire. En effet, et à titre d’exemple, je citerai un certain fabricant de cigarettes qui bénéficie encore et toujours de son slogan marketing “Liberté toujours” pour nous vendre son cancer. Liberté que l’Ecole n’accorde pas aux clients de ce fournisseur – expulsés des couloirs – ni aux taggeurs remettant en question la fuite en avant et les dangers de certains secteurs de la recherche. Je prie le lecteur de lire avec attention la proposition suivante. Dans un couloir qui en interdit la consommation, Gauloises nous incite par l’intermédiaire de ses affiches accrochées aux murs à consommer un produit “dangereux”. Où est l’erreur?

(1) Site web de l’Agence internationale de l’énergie atomique

http://www.iaea.org/NewsCenter/Features/Chernobyl-15/thyroid.shtml

(2) Le graffiti en question est apparu à l’occasion du 20ème anniversaire de la catastrophe en Ukraine, sur une colonne du mâtiment de Microtechnique, en face du bâtiment d’Architecture. L’article de Richard Timsit dans le “Flash” No 8 y faisait allusion et exhibait une photographie dudit graffiti. Lors de la parution du “Flash” No 8, où figuraient la nouvelle interdiction de fumer ainsi que l’article de R. Timsit, le graffiti avait déjà été effacé.

(3) Nicolas Henchoz, Distribution des quotidiens gratuits sur le campus, “Flash” No 4, 21.03.2006.

Publié dans le Flash no 12, 19 Octobre 2006